Face à l'escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis, le premier ministre du Canada, Mark Carney, et la première ministre du Québec, Christine Fréchette, ont affiché un front commun ce lundi 24 août au Chantier Davie de Lévis.
Une posture de solidarité qui a fini par teinter l'ensemble de leur passage dans la région, y compris l'annonce du jour: le plus important contrat de construction navale de l'histoire du Québec.
En effet, le gouvernement fédéral investira plus de 11 milliards de dollars pour la construction, au Chantier Davie, de six nouveaux brise-glaces de programme destinés à la Garde côtière canadienne, un projet qui doit générer près de 5 000 emplois pendant la phase de construction. Mais dans les heures précédant l'événement, le président américain Donald Trump a annoncé que les véhicules produits au Canada seraient taxés à 50 % à partir du 1er janvier 2027, une nouvelle escalade quelques jours à peine après l'échec des négociations commerciales entre les deux pays et l'entrée en vigueur, samedi, de nouveaux tarifs américains de 50 % sur des produits canadiens.
Une bonne partie des questions des médias présents à Lévis se sont donc tournées vers cette crise plutôt que vers les brise-glaces eux-mêmes.
Une guerre commerciale en toile de fond
Interrogé sur la sortie de Donald Trump concernant l'industrie automobile, Mark Carney n'a pas caché son étonnement. « C'est surprenant, dans ce contexte, cette idée de déchirer le meilleur partenariat dans le secteur automobile de l'histoire du monde, un partenariat qui existe depuis 60 ans », a-t-il réagi. Il est aussi revenu sur l'échec des pourparlers ayant mené à la suspension des négociations. « Ce que nous avons appris des Américains, pendant les négociations, c'est qu'ils veulent détruire nos grandes industries, y compris l'automobile, l'acier et l'aluminium, avec des termes de négociations qui ne sont pas équitables », a-t-il affirmé.
Le premier ministre canadien et la première ministre du Québec, Christine Fréchette, ont ensuite été questionnés sur les moyens de pression dont dispose le Canada, notamment la possibilité de couper l'électricité vendue aux États-Unis ou de restreindre l'accès aux minéraux critiques.
« Nous avons des objectifs positifs. Nous mettons l'accent à bâtir le Québec, le Canada, fort. On a des options, on a plusieurs options », a répondu Mark Carney, rappelant que le Canada demeure un fournisseur clé d'énergie et de minéraux critiques pour les chaînes d'approvisionnement américaines, malgré les affirmations contraires du président Trump. « Nous serons calmes et positifs et nous allons coopérer afin de bâtir de vrais jobs ici au Québec et à travers le Canada. Et oui, si c'est nécessaire de faire autre chose, on verra », a-t-il ajouté.
Christine Fréchette a de son côté insisté sur l'importance de miser sur les ressources et les talents québécois tout en développant de nouvelles alliances commerciales. « En matière de représailles, nous allons regarder ce qui est possible d'adopter comme mesure. Je pense qu'il faut aller là où c'est peut-être un peu plus sensible », a-t-elle indiqué, sans exclure aucune option pour l'instant. « Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais envisagé celles que vous évoquez. Mais rien n'est exclu à ce stade-ci », a-t-elle précisé au sujet des mesures visant l'électricité et les minéraux critiques.
Une riposte oui, mais pas nécessairement dollar pour dollar
Sur la promesse de représailles « dollar pour dollar » annoncée samedi, Mark Carney a apporté une nuance. « L'économie américaine est beaucoup plus grande que l'économie canadienne (...) À cause de ça, ce sera difficile de toujours faire des représailles dollar pour dollar. Il faut réfléchir et il faut cibler », a-t-il expliqué.
Christine Fréchette a abondé dans le même sens, plaidant pour une approche mesurée. « Il faut y aller de manière nichée, ciblée, et éviter des dommages accrus à nos entreprises », a-t-elle souligné, précisant avoir demandé aux dirigeants d'entreprises et d'associations rencontrés en fin de semaine de lui indiquer les mesures à privilégier et celles à éviter. « On a vécu une première vague de tarifs et on sait que les contre-tarifs ont eu des impacts négatifs sur certaines entreprises. Il faut tirer des leçons de ça », a-t-elle conclu.
Six brise-glaces construits à Lévis
Sur le fond de l'annonce, le contrat confié au Chantier Davie prévoit la construction de six brise-glaces de programme destinés à remplacer la flotte actuelle de la Garde côtière canadienne, appelée à sillonner le Saint-Laurent, l'Atlantique et l'Arctique. Les navires seront fabriqués à partir d'acier canadien, conformément à la politique fédérale « Achetez canadien ». La construction doit débuter en 2027, avec un premier navire livré dans cinq ans et l'ensemble de la flotte en service d'ici 2038. Le ministre de la Défense nationale, David J. McGuinty, a qualifié l'investissement de garantie pour « la continuité des échanges commerciaux canadiens » et le renforcement de la présence du pays dans l'Arctique, tandis que le ministre responsable du Québec, Joël Lightbound, a souligné les retombées économiques attendues pour la province.
Le contrat s'ajoute à une série d'investissements fédéraux dans les infrastructures navales du pays, incluant le contrat de 3,25 milliards de dollars accordé en 2025 au Chantier Davie pour la construction du brise-glace lourd Polar Max.