Bon nombre de logements sociaux sont en piètre état à Montréal

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Mercedes Rodriguez et ses sept enfants ont du mal à dormir la nuit à cause du bruit des souris qui courent dans les murs de son appartement situé dans l'est de Montréal.
Outre une infestation de souris, l'immeuble où elle habite, situé dans Hochelaga-Maisonneuve, est aussi en proie à des problèmes de moisissure, selon ses dires. Sa sécheuse a déjà pris feu en raison d’une mauvaise ventilation dans la salle de bains.
Cette mère monoparentale attend avec impatience les rénovations promises depuis longtemps.
«C'est frustrant. Vraiment», dit-elle en soupirant. Elle fait visiter son appartement à La Presse Canadienne, pointant les nombreux trous dans les murs et les plafonds, qu’elle attribue aux souris, aux dégâts d'eau et à l’incendie survenu dans sa salle de bain.
Alors que les gouvernements investissent des milliards de dollars dans de nouveaux projets pour pallier la pénurie de logements abordables, le tiers – près de 21 500 logements – du parc existant est en mauvais état au Québec.
Le rythme des rénovations, quant à lui, ne suit pas l’inflation, ce qui fait craindre aux défenseurs des droits des locataires que les budgets d’entretien ne soient pas suffisants pour répondre à l’ampleur du problème.
Craintes pour la santé
Au Québec, les logements sociaux appartiennent au gouvernement provincial et sont majoritairement gérés par les offices municipaux d'habitation. Ils sont destinés aux personnes à faible revenu. Le loyer équivaut généralement à 25 % du revenu du ménage.
Dans l’appartement, Mme Rodriguez et ses sept enfants occupent les cinq chambres, tandis que sa mère, atteinte d’un cancer en phase terminale, dort dans un lit d’hôpital installé dans le salon. Pour arriver à couvrir ses dépenses, Mme Rodriguez accepte des contrats comme agente de sécurité.
Trouver un autre logement de cinq chambres dans les limites de son budget serait impossible, affirme-t-elle, car les loyers pour des appartements similaires disponibles sur le marché s’élèvent en moyenne à plus de 3500 $ par mois. Mme Rodriguez vit avec bonheur dans un logement social depuis plus de 20 ans, mais l’état de son logement la fait craindre pour la santé de sa famille.
Elle a payé de sa poche pour faire repeindre les murs. Pour empêcher les cafards et autres insectes d’entrer dans son logement, elle a fait poser du carrelage en céramique sur le sol de la cuisine et le dosseret. Il est trop compliqué et trop long de traiter avec la Ville, à son avis.
«Ici, il y a pas mal de problèmes, déplore-t-elle. Ça fait plus que deux ans.»
Pas un cas isolé
Mme Rodriguez vit aux Habitations La Pépinière, un complexe de logements sociaux construit en 1972 qui s’étend sur trois rues et comprend 192 logements répartis dans des immeubles de faible hauteur. Mme Rodriguez sait que des rénovations sont prévues, mais elle ne sait pas quand les travaux commenceront dans son logement.
La Presse Canadienne a rencontré cinq locataires et visité trois immeubles du complexe.
De larges bandes de peinture s’écaillent des murs. Des excréments de souris s’accumulent sur les rebords de fenêtre. Les locataires affirment que les taches et les traces noires sur leurs plafonds et leurs murs sont de la moisissure.
En 2019, les locataires ont reçu un dépliant – que La Presse Canadienne a pu consulter – de l'Office municipal d'habitation de Montréal. On y confirmait qu'une inspection avait permis de détecter de la moisissure dans les salles de bains, les murs extérieurs et les escapes communs, comme les buanderies et les resserres.
Le dépliant notait que la moisissure peut causer des irritations des yeux, du nez et de la gorge, des problèmes de sinus et des bronchites, mais il concluait que le résultat des analyses n'était «pas alarmant».
Les données montrent que le Québec a augmenté ses investissements pour rénover les logements sociaux en mauvais état au cours des trois dernières années, mais les progrès sont lents. Le tiers du parc immobilier a encore besoin de réparations importantes, et les défenseurs des droits des locataires affirment que le budget ne couvrira probablement pas toutes les dépenses, car les coûts de construction et de rénovation ne cessent d’augmenter.
Le réseau de logements sociaux du Québec était auparavant géré et financé par le gouvernement fédéral, mais Ottawa a commencé à transférer cette responsabilité aux provinces dans les années 1980. Ottawa a continué à fournir un certain financement pour l’entretien au moyen d'accords à long terme, dont beaucoup expireront d’ici 2028.
Maximiser l'utilisation du financement
Patricia Viannay, qui est coordonnatrice de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec, se bat pour les droits des locataires depuis plus de 20 ans. Elle souhaite que les accords de financement avec Ottawa soient prolongés.
La Société d'habitation du Québec estime qu'elle dispose des fonds nécessaires pour couvrir les 1,079 milliard $ de rénovations qu'elle juge nécessaires pour mettre tous les logements en conformité avec les normes, mais Mme Viannay craint que l'inflation ne change la donne.
Elle craint également qu'au cours des prochaines années, les logements considérés comme étant en bon état ne se détériorent, et qu'il ne reste plus d'argent dans les budgets d'entretien.
Le gouvernement indique que plus de 1,3 milliard $ sur les 3,6 milliards $ mis de côté par Québec et Ottawa pour rénover les logements sociaux d'ici 2028 ont déjà été alloués ou dépensés.
Selon la Société d'habitation du Québec, le gouvernement est conscient de l'urgence de rénover son parc de logements sociaux. Elle convient que l'inflation représente un défi et que le gouvernement devra donner la priorité à certaines rénovations afin de maximiser l'utilisation du financement.
«Ça n'en finit pas»
De retour aux Habitations La Pépinière, les fenêtres d’un appartement sont placardées, tandis que des débris de verre brûlé jonchent le terrain. Les locataires racontent qu'un logement a pris feu en avril et que l’odeur de fumée a persisté dans les couloirs pendant des semaines.
À quelques portes de chez Mme Rodriguez, Sophie Racine se dit frustrée par l’état de son appartement temporaire. Elle a quitté son logement habituel il y a six ans à cause de la moisissure. Dans son logement temporaire, les sols sont fissurés et elle affirme que les souris posent problème.
Elle attend toujours un logement rénové pour son fils de 21 ans et elle-même. «Ça n'en finit pas», déplore Mme Racine.
Selon Mme Viannay, les mauvaises conditions de vie dans certains complexes de logements sociaux comme La Pépinière affectent profondément le bien-être et la dignité des locataires. «Tu n'as pas l'impression qu'on prend soin de ton milieu de vie, mentionne-t-elle. Il y a des gens qui n'osent plus inviter des amis chez eux, parce que l'immeuble ou le logement est vraiment en mauvais état.»
Son organisation milite pour la construction de nouveaux HLM, affirmant que le logement social est le seul moyen de rétablir l’équilibre et l’accessibilité financière sur le marché.
Nouvelle façon de faire
En 2023, la Coalition avenir Québec (CAQ) a mis fin au programme AccèsLogis. À sa place, elle a lancé un programme visant à aider les promoteurs privés et les organismes à but non lucratif à construire des logements locatifs abordables. La CAQ a également investi dans des aides au loyer.
Certaines personnes, comme Mme Viannay, critiquent cette nouvelle approche, mais la Société d'habitation du Québec plaide que ces programmes ont «un même objectif»: «offrir des logements de qualité, accessibles financièrement, à celles et ceux qui en ont le plus besoin».
Plus de 30 000 Québécois sont en attente d’un logement social. À Montréal, le délai d’attente moyen est de cinq ans.
Erika Morris, La Presse Canadienne