Certains dénoncent la lenteur des négociations du protocole d'entente albertain

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Cinq des plus importants producteurs de sables bitumineux du Canada et des groupes d'énergie propre critiquent séparément les gouvernements fédéral et albertain pour la lenteur des progrès dans la finalisation de certains aspects de l'accord énergétique signé l'an dernier.
Ce pacte associe la perspective d'un nouvel oléoduc vers la côte ouest à plusieurs mesures environnementales, dont la tarification du carbone industriel et un accord visant à réduire les émissions de méthane.
Dans un communiqué publié lundi, l'Alliance des sables bitumineux a déclaré que l'accord constituait un premier pas positif, mais que les progrès étaient trop lents.
«Les événements mondiaux des derniers mois soulignent l'importance d'une énergie abordable et fiable pour la vie des gens et pour la santé et le bien-être des économies nationales, y compris celle du Canada», ont écrit les producteurs de sables bitumineux.
«Nous risquons de laisser passer cette occasion pour le Canada. En raison de processus réglementaires complexes, de cadres de carbone non compétitifs et de systèmes fiscaux qui n'incitent pas à la croissance, aucun nouveau projet majeur d'exploitation des sables bitumineux n'a été approuvé au Canada depuis 2013 et les investissements ont chuté de façon spectaculaire», ont-ils ajouté.
Cette occasion s'est présentée rapidement, principalement à cause de la guerre en Iran et des pressions exercées sur les chaînes d'approvisionnement énergétique mondiales, ce qui a fait flamber les prix du pétrole à l'échelle mondiale.
Depuis des mois, les pétroliers du golfe Persique ne peuvent plus traverser le détroit d'Ormuz en toute sécurité pour atteindre les points de distribution mondiaux. Les exportations de pétrole iranien sont également bloquées, en raison du blocus américain. Normalement, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitent par cette voie maritime.
Face à l'impossibilité d'exporter le pétrole qu'il produit et à la diminution des capacités de stockage nationales, les experts estiment que l'Iran pourrait être contraint de réduire considérablement, voire d'arrêter, la production de certains de ses puits, peut-être d'ici deux semaines.
Tel est le prétexte international justifiant la visite à Ottawa cette semaine du directeur général de l'Agence internationale de l'énergie. Fatih Birol participera mardi soir à une discussion informelle avec le ministre de l'Énergie, Tim Hodgson.
Dans une entrevue accordée au Globe and Mail et publiée lundi, M. Birol a déclaré que le Canada devait accélérer ses projets d'infrastructures énergétiques afin de profiter de cette «occasion unique» pour le pays.
En réponse à cet article, M. Hodgson a affirmé sur X que «c'est le plan».
M. Birol a également dit au Globe and Mail que le Canada avait l'occasion d'offrir plus de prévisibilité aux marchés mondiaux, même si les entreprises canadiennes estiment que le cadre réglementaire canadien n'apporte rien aux investisseurs potentiels.
Un discours «contre-productif»
Cependant, un groupe de défenseurs des énergies propres et de la lutte contre les changements climatiques juge «contre-productif» le discours incitant à accélérer la construction de nouveaux projets énergétiques.
Dans une lettre publiée mardi, les dirigeants de six groupes de défense du climat ont critiqué Ottawa pour sa lenteur à mettre en œuvre des aspects clés de l'entente énergétique albertaine.
Ils ont également exhorté M. Carney à mettre en œuvre des politiques qui «permettront de développer des solutions énergétiques propres au niveau national, de réduire les émissions et de préparer le Canada à la réussite économique dans un monde en pleine décarbonation», tandis que d'autres pays s'efforcent de se tourner vers de nouveaux fournisseurs de pétrole.
«Aujourd'hui plus que jamais, nous constatons que les gouvernements accélèrent simultanément leurs plans visant à développer des solutions énergétiques propres — comme la construction de parcs éoliens et solaires ou le passage au tout électrique des transports — afin de protéger leurs populations des futures perturbations de l'approvisionnement en pétrole et en gaz», ont écrit les dirigeants.
«Autrement dit, ceux qui, au Canada, continuent d'affirmer que la guerre offre une occasion d'accroître les exportations canadiennes de pétrole et de gaz, notamment vers de nouveaux marchés asiatiques, commettent une grave erreur d'appréciation», ont-ils précisé.
À l'inverse, tandis que les producteurs de sables bitumineux ont demandé à Ottawa d'abandonner son projet de tarification du carbone pour l'industrie, les responsables de la lutte contre le changement climatique estiment qu'il s'agit de l'élément le plus important du protocole d'entente de l'Alberta.
Michael Bernstein, président de Clean Prosperity Canada et membre du Groupe consultatif pour la carboneutralité, a commenté que les dirigeants pétroliers présentent «un faux dilemme en prétendant que le Canada doit choisir entre compétitivité et décarbonation».
«Nous pouvons et devons être plus ambitieux. C’est pourquoi le protocole d’entente avec l’Alberta est si important. Il ouvre la voie au soutien du secteur et au renforcement de la tarification du carbone», a dit M. Bernstein à La Presse Canadienne.
«Les entreprises défendent leurs propres intérêts, comme la plupart des entreprises, en cherchant à réduire leurs coûts. Cependant, l’intérêt public est tout autre. Les Canadiens affirment régulièrement vouloir une décarbonation. Et il est clair qu’il existe des moyens de réduire nos émissions tout en maintenant la compétitivité du secteur pétrolier. Nous pouvons et devons faire les deux», a-t-il fait valoir.
— Avec des informations de l’Associated Press
Nick Murray, La Presse Canadienne