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Guerre commerciale: le gouvernement Fréchette mise sur l'achat local

QUÉBEC — Le gouvernement caquiste a mis en place lundi soir une série de mesures pour promouvoir l’achat local, à quelques heures de l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douane du Canada mardi à minuit.

Le conseil des ministres a adopté un décret pour que l’État réserve des appels d’offres aux entreprises ayant un établissement au Québec et au Canada.

On pourra aussi exiger que les biens soient produits et transformés ici et même accorder une marge préférentielle de 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne.

Christine Fréchette a ainsi enfilé les habits de première ministre le temps d'une séance du conseil des ministres, faisant une pause au jour 13 de la campagne électorale, alors que ses adversaires lui reprochent d'instrumentaliser la crise commerciale actuelle pour mousser le gouvernement en place.

De plus, pour tous les contrats de moins de 9,2 millions $, le ministère des Transports, Santé Québec et la Société québécoise des infrastructures (SQI) devront exiger qu’au moins 15 % de la valeur des matériaux et équipements soit québécoise ou canadienne.

Le seuil de 9,2 millions $ correspond aux exigences de commerce international. Pour les montants supérieurs, des exigences pourraient être imposées par décret.

Les sociétés d’État seront également mises à contribution. Elles devront adopter une stratégie d’achat québécois et pourront déroger à l’actuelle loi sur les contrats des organismes publics.

Et dans le secteur du meuble, le gouvernement sera encore plus restrictif: il s’approvisionnera uniquement auprès de fournisseurs québécois, puisque cette industrie est particulièrement affectée par les politiques américaines.

En outre, le gouvernement mettra sur pied un «groupe tactique», afin d’aider les entreprises québécoises à remplacer leurs fournisseurs américains par des fournisseurs d’ici ou d’ailleurs au Canada.

Il serait envisagé aussi de mutualiser des achats afin de s’assurer que les prix des approvisionnements soient tout aussi concurrentiels que quand ils étaient achetés aux États-Unis.

Par ailleurs, la campagne de la cheffe caquiste lundi a été complètement dominée par le conflit commercial et la riposte d'Ottawa, qui a entraîné des malentendus.

Plus tôt dans la campagne, Mme Fréchette avait laissé entendre qu'il y avait des éléments «problématiques» dans les contre-mesures fédérales, mais qu'elle avait obtenu les changements requis.

«Ils ont pris en considération nos demandes et ils ont ajusté le tir», a dit Mme Fréchette en conférence de presse à Mirabel au jour 13 de la campagne électorale.

Mais des voix au fédéral ont toutefois contredit cette interprétation.

Dans une lettre transmise au ministre de l'Économie Bernard Drainville et rendue publique lundi, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, assure que le «développement de la liste des contre-mesures a été fait avec soin» en détaillant ce qui était prévu, sans parler d'ajouts ou d'ajustements.

Des sources au fédéral ont laissé entendre qu'il n'y a pas eu de changements depuis le 26 août - ce qui pourrait suggérer qu'il y aurait plutôt eu des clarifications ou des confirmations sur les produits couverts et l'aide qui serait fournie.

La lettre transmise par M. Champagne confirme que les entreprises qui doivent importer des biens et matières premières frappés par de nouveaux droits de douane canadiens pourront obtenir une remise du fédéral équivalente au montant supplémentaire qu’elles doivent payer.

Les entreprises qui seront ainsi appuyées sont dans le domaine de la santé publique, de la sécurité nationale, des produits d’acier dans la fabrication automobile et aéronautique, des produits autres que l’acier utilisés dans la fabrication, la transformation, l’emballage de breuvages et d'aliments ainsi que dans la production agricole au Canada.

Québec a dit avoir obtenu du fédéral l’imposition de nouveaux droits de douane canadiens sur certains produits américains que des entreprises québécoises peuvent fournir au reste du Canada.

Il s’agit notamment de quatre types de fils de cuivre, d’un sous-produit de l’industrie laitière appelé «lait fluide» et de produits de fromage.

Par ailleurs, Mme Fréchette a dit redouter une autre volée de droits de douane de l'administration Trump.

«Est-ce que les Américains vont réagir à ces contre-tarifs? Je dois vous dire que je ne serais pas surprise, donc ça aussi, ça déclencherait un autre cycle, donc c'est à voir», a-t-elle déclaré.

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne