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La concurrence nationale importante en temps de guerre commerciale

La concurrence nationale importante en temps de guerre commerciale
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Le Bureau de la concurrence du Canada affirme qu'un marché intérieur dynamique est essentiel au renforcement de l'économie alors que les tensions commerciales avec les États-Unis s'aggravent.

«C'est l'un des principaux moteurs permettant de rendre notre économie nationale aussi productive que possible et de nous rendre aussi compétitifs que possible en tant qu'acteur international sur les marchés commerciaux», a affirmé Jeanne Pratt, commissaire de la concurrence par intérim, en entrevue.

Elle a ajouté que la concurrence constituait un levier crucial «dans le contexte actuel, où nous devons maximiser autant que possible la productivité de notre économie nationale».

Les relations entre le Canada et les États-Unis ont été bouleversées par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et par la mise en place de politiques tarifaires en constante évolution. La situation s’est à nouveau aggravée après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays en août et l’instauration de nouveaux droits de douane, ainsi que de mesures de rétorsion.

Pour soutenir l’économie nationale, le premier ministre Mark Carney s’efforce de diversifier les partenaires commerciaux du pays et de présenter le Canada comme un refuge sûr pour les investisseurs internationaux, dans l’espoir d’attirer des milliards de dollars vers des projets d’envergure.

Mme Pratt a soutenu qu’une concurrence loyale était essentielle pour faire du Canada un meilleur partenaire commercial.

«La concurrence incite les entreprises à investir et à innover. Elle les pousse à proposer les prix les plus bas possibles, a-t-elle déclaré. Elle les incite à rechercher des gains d’efficacité dans leur production.»

Le Bureau de la concurrence veille à ce que les entreprises ne se livrent pas à des pratiques anticoncurrentielles susceptibles d’étouffer l’innovation, de limiter le choix des consommateurs et de faire grimper les coûts.

Robin Shaban, présidente du Canadian Anti-Monopoly Project, reconnaît qu’il existe un lien évident entre la concurrence et les investissements étrangers.

«Un manque de concurrence peut compliquer l’entrée et l’implantation des entreprises sur le marché canadien, ce qui n’est pas favorable aux consommateurs», a-t-elle dit.

Mme Shaban a évoqué la situation d’il y a dix ans, lorsque le gouvernement de l’ancien premier ministre Stephen Harper avait mis en œuvre des mesures visant à attirer un quatrième acteur dans le secteur des télécommunications et à briser l’oligopole détenu depuis longtemps par trois géants des télécommunications.

Aucun quatrième acteur suffisamment important n’a vu le jour.

«Si cela signifie que (les entreprises) devront faire face pendant des années à des prix cassés pratiqués par les opérateurs déjà présents sur le marché et qu’elles ne pourront pas réaliser de bénéfices, alors elles ne s’implanteront pas», a-t-elle expliqué.

Mais cette dynamique ne s’applique pas à tous les secteurs. Par exemple, si le gouvernement fédéral cherche à attirer des investissements dans les infrastructures publiques, la concurrence ne sera peut-être pas le facteur déterminant pour les investisseurs étrangers souhaitant pénétrer un marché, a indiqué Mme Shaban.

Le Bureau garde le cap sur ses priorités

Les tensions avec les États-Unis pourraient quant à elles annoncer une évolution des relations avec l’homologue américain du Bureau de la concurrence.

Mme Shaban a rappelé que les autorités canadiennes et américaines de la concurrence ont toujours collaboré sur les fusions impliquant des entreprises opérant des deux côtés de la frontière.

«Cela a changé sous Trump», a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté qu’il existe désormais une divergence croissante dans la manière dont le Canada et les États-Unis appliquent le droit de la concurrence, ce qui a des implications non seulement pour la collaboration, mais aussi pour les types de mesures coercitives mises en œuvre.

«Il y a là beaucoup d’incertitudes auxquelles le Bureau de la concurrence va devoir faire face.»

Le Bureau entretient depuis des décennies des relations solides avec les États-Unis, collaborant à des actions conjointes de contrôle, échangeant des informations et coopérant sur des opérations transfrontalières.

Mme Pratt a affirmé que la détérioration des relations commerciales entre les deux pays ne modifiait pas les priorités du Bureau.

«Établir et approfondir les relations internationales et nationales reste un élément clé de notre vision stratégique visant à promouvoir la concurrence», a-t-elle déclaré.

«À mesure que les conditions économiques et commerciales évoluent, les marchés concurrentiels sont plus importants que jamais, car la concurrence contribue à favoriser l’accessibilité des prix, l’innovation et la croissance économique.»

Au Canada, le bureau a redoublé d’efforts pour bloquer les fusions susceptibles d’entraîner une concentration du secteur, en accordant une attention particulière au secteur de l’alimentation et de l’épicerie.

Plus tôt ce mois-ci, les géants de l’agroalimentaire Nortera et B&G Foods ont annulé un accord qui aurait vu Nortera racheter les marques de légumes en conserve et surgelés Géant Vert et Le Sieur au Canada à la société B&G Foods, située dans le New Jersey. Cette annulation est intervenue quelques semaines après que le bureau eut tenté de bloquer l’opération, craignant qu’elle ne renforce encore la concentration de la propriété de ces produits entre les mains de Nortera.

Le blocage de telles opérations ne vise pas à nuire à la capacité d’une entreprise à se développer à l’étranger, a précisé Mme Pratt.

«Il y a une différence entre les entreprises dont la taille leur permet d’être compétitives à l’international et celles qui disposent d’un pouvoir de marché pouvant être exercé au détriment des Canadiens», a-t-elle déclaré.

«Pour être franche, nous considérons la concurrence comme un complément à la compétitivité internationale. Les deux ne sont pas en contradiction.»

Ritika Dubey, La Presse Canadienne