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La directrice de l'ONUSIDA demande à Carney de ne pas réduire l'aide étrangère

durée 06h00
30 novembre 2025
La Presse Canadienne, 2025
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Par La Presse Canadienne, 2025

OTTAWA — La directrice du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) exhorte le premier ministre Mark Carney à revenir sur la décision de son gouvernement de réduire l'aide étrangère et le financement de la santé mondiale.

«Mon message au premier ministre Carney, au Canada et à tous les autres donateurs est: maintenez le cap», a déclaré Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l'ONUSIDA, à La Presse Canadienne en marge du sommet des dirigeants du G20 qui s'est tenu la semaine dernière à Johannesburg, en Afrique du Sud.

«Sans solidarité internationale, les inégalités entre les pays continueront de se creuser. À mesure que ces inégalités augmenteront, le monde deviendra plus dangereux.»

La semaine dernière, M. Carney a annoncé la toute première réduction du financement canadien au Fonds mondial, un programme majeur de lutte contre les maladies infectieuses dans les pays les plus pauvres du monde.

Cette nouvelle contribution est inférieure de 17 % à la dernière contribution d'Ottawa au Fonds en 2022. Le Fonds contribue à lutter contre la propagation de maladies comme le sida, la tuberculose et le paludisme grâce à des mesures telles que la distribution de moustiquaires et de médicaments aux personnes vivant avec le VIH.

Cette décision survient quelques semaines seulement après que le budget fédéral a prévu des coupes de 2,7 milliards $ sur quatre ans dans l'aide étrangère, et quelques mois après que M. Carney a promis, lors de la campagne électorale du printemps, que son gouvernement «ne réduirait pas l'aide étrangère».

Le gouvernement Carney affirme que cette réduction de l'aide ramène les dépenses au niveau des allocations du Canada avant la pandémie.

Ottawa a augmenté ses dépenses de développement et d'aide humanitaire pendant la pandémie, notamment pour relancer les progrès ralentis dans la lutte contre des maladies graves comme le sida et la tuberculose, alors que les gouvernements concentraient leurs efforts sur la COVID-19. Les États-Unis ont considérablement réduit leur aide cette année.

Mme Byanyima était au Sommet du G20 pour présenter un rapport commandé par le gouvernement sud-africain sur la montée des inégalités mondiales.

Le rapport soutient que la polarisation économique à l'intérieur des pays et entre eux engendre du ressentiment qui mine la cohésion politique et risque de provoquer une instabilité.

Les auteurs exhortent les gouvernements à freiner la propagation de la violence et de l'autocratie. Ils appellent les dirigeants à mettre en place des politiques intérieures plus égalitaires et à réformer les systèmes financiers afin que les pays en développement puissent échapper au piège de la dette causé par les taux d'intérêt élevés et les catastrophes naturelles exacerbées par les changements climatiques.

Mme Byanyima a affirmé que le Canada pouvait s'inspirer de dirigeants comme le premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, qui a dit que son pays avait tiré davantage de bénéfices économiques de l'égalité des sexes sur le marché du travail national, et ce depuis des décennies, que des revenus pétroliers.

«Lorsque nous réduisons les inégalités entre les pays et au sein même des pays, nos économies sont en réalité plus fortes», a soutenu Mme Byanyima.

Elle a également indiqué que le Canada devrait soutenir les efforts internationaux de lutte contre l'évasion fiscale.

L'aide du Canada reste «significative», selon Anand

Interrogé sur les compressions budgétaires lors de son séjour à Johannesburg, M. Carney a souligné que la part du Canada dans le financement total de l'organisation avait augmenté. Cela s'explique par la diminution de l'enveloppe totale du fonds.

«Nous avons dû prendre des décisions pragmatiques et responsables à tous les niveaux du gouvernement, notamment en rétablissant notre budget d'aide au niveau d'avant la COVID-19, a dit M. Carney. Dans ce cadre, nous concentrons nos efforts là où l'aide a le plus d'impact, notamment sur ce continent.»

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a abondé dans ce sens devant les journalistes à Johannesburg.

«La contribution du Canada demeure significative. Elle demeure substantielle. Elle demeure importante», a-t-elle déclaré.

«L'Afrique est le principal bénéficiaire de l'aide internationale du Canada, et notre aide se poursuivra.»

Le député du Bloc québécois, Alexis Brunelle-Duceppe, a affirmé jeudi qu'un changement «inquiétant» et «problématique» s'était opéré sous l'administration Carney, s'éloignant de l'approche traditionnelle du Canada en matière d'aide et de droits de la personne.

«On observe de plus en plus de liens entre l'aide internationale et le commerce international dans la vision de M. Carney», a-t-il dit.

Difficultés d'accès aux médicaments

Ces coupes budgétaires ont lieu alors que des militants soulignent la Journée mondiale de lutte contre le sida, lundi, et que beaucoup affirment que l'humanité dispose des outils nécessaires pour mettre fin à la pandémie de VIH, mais pas des fonds pour distribuer les traitements indispensables aux personnes qui en ont besoin.

Jayati Ghosh, économiste indienne de renom qui a coprésenté le rapport sur les inégalités avec Mme Byanyima, a soutenu que le Canada devrait s'efforcer de garantir que les pays en développement puissent produire des médicaments vitaux, souvent bloqués par «un régime de propriété intellectuelle qui renchérit excessivement le coût des médicaments essentiels».

Le problème est devenu criant pendant la pandémie de COVID-19, lorsque de nombreux pays en développement ont attendu plus longtemps que les pays riches pour obtenir un nombre finalement insuffisant de doses de vaccin, alors même qu'ils étaient empêchés de créer leurs propres versions de ces vaccins.

«Les gouvernements doivent réfléchir, au-delà de l'aide étrangère, aux réglementations internationales qu'ils contribuent à soutenir et qui, en réalité, aggravent la situation des pays en développement», a indiqué Mme Ghosh.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne