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La méditation améliore le fonctionnement du cerveau, montre une étude de l'UdeM

durée 10h21
15 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La méditation améliore le fonctionnement du cerveau, notamment en ce qui concerne un équilibre optimal entre les états d'ordre et de chaos, a montré une étude pilotée par un chercheur de l'Université de Montréal.

Plus précisément, les résultats démontrent que la pratique de la méditation est associée à des modulations des oscillations neuronales; à une augmentation de la complexité de l’activité cérébrale; et à une altération de ce qu'on appelle la «criticalité cérébrale», c'est-à-dire un état d’équilibre du cerveau entre le chaos et l’ordre.

«On voit qu'il y a de plus en plus d'intérêt dans la société moderne pour l'utilisation de la méditation, a expliqué le coordonnateur de cette étude internationale, le professeur Karim Jerbi, du département de psychologie de l'UdeM.

«Ça a été beaucoup exploré dans la société d'aujourd'hui et, on va le dire, ça a connu beaucoup de succès. Donc la question c'était, mais comment ça se fait? Pourquoi est-ce que ça fonctionne? Est-ce qu'on peut mieux comprendre avec les approches modernes d'aujourd'hui?»

La collaboration de scientifiques italiens a permis aux chercheurs d'étudier une douzaine de moines bouddhistes du monastère Santacittarama. Ces moines totalisaient, en moyenne, plus de 15 000 heures de méditation.

À l'aide d'outils d'intelligence artificielle, deux formes de méditation ont été étudiées au laboratoire de magnétoencéphalographie (une technologie de neuroimagerie qui mesure les champs magnétiques produits par l’activité électrique des neurones) de l’Université de Chieti-Pescara: la méditation samatha, qui consiste à se concentrer sur un objet précis afin de stabiliser l’esprit et d’atteindre un état de calme profond; et la méditation vipassana, où l’on focalise son attention sur l’expérience du moment présent pour mieux comprendre la nature de l’esprit.

«C'est difficile, mais c'est très important, de pouvoir étudier ce qui se passe chez les moines experts (...) parce que ça permet de voir beaucoup plus en en détail ce qui se passe dans le cerveau, a expliqué le professeur Jerbi. C'est comme comparer des sportifs experts à des sportifs du dimanche. C'est sûr qu'on n'a pas les mêmes effets, mais on a une tendance, ça permet de savoir 'pourquoi'.»

Les chercheurs ont constaté que les deux formes de méditation favorisent entre autres la criticalité, un «équilibre (qui) permet au cerveau d’optimiser sa capacité de traitement, d’apprentissage et de réaction», a dit le professeur Jerbi, qui dirige également le centre UNIQUE (Union neurosciences et intelligence artificielle Québec).

La criticalité cérébrale, a expliqué le professeur Jebri, «est un domaine de recherche qui nous vient de la physique statistique».

«Globalement, ça représente le cerveau comme un système dynamique et complexe qui est quelque part entre deux états, soit le chaos, soit l'ordre, et il y a un juste milieu entre les deux qui nous permet d'opérer de façon optimale et optimisée», a-t-il ajouté.

Plus concrètement, ce point d'équilibre pourrait, par exemple, augmenter la capacité du cerveau à passer d’une tâche à l'autre ou à emmagasiner de l’information.

De plus, une flexibilité cérébrale accrue pourrait réduire l’activité des circuits cérébraux associés à la rumination, ces pensées qui tournent en boucle et qui caractérisent souvent la dépression, et améliorer l'autorégulation émotionnelle.

Les moines bouddhistes, c'est bien connu, sont les champions super poids lourds de la méditation. On peut donc légitimement se demander si les bienfaits qu'on observe chez eux sont à la portée du commun des mortels.

La réponse, a assuré le professeur Jerbi, est 'oui'... mais à condition d'y mettre le temps et les efforts.

«C'est comme adopter une pratique sportive, a-t-il dit. C'est une sorte de gymnastique pour le cerveau. C'est une pratique qui fait du bien au cerveau et qui va avoir des effets bénéfiques, mais il faut le faire de façon régulière sans pour autant le faire de façon acharnée et de façon peut-être trop extrémiste non plus. Ça s'inscrit dans une hygiène de vie positive, constructive et équilibrée, c'est quelque chose à ajouter à notre quotidien.»

Cette étude a été menée en collaboration avec la première auteure Annalisa Pascarella, du Conseil national de la recherche à Rome; le professeur Antonino Raffone, de l’Université Sapienza de Rome; et la professeure Laura Marzetti, qui dirige le laboratoire de magnétoencéphalographie de l’Université de Chieti-Pescara.

Les conclusions ont été publiées par le journal Neuroscience of Consciousness.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne