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Le Canada est lent à implanter des technologies médicales, selon une note de l'IEDM

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14 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — En raison de la façon dont les systèmes de santé sont financés au Canada, les provinces tardent à implanter plusieurs technologies médicales innovantes, entre autres les robots chirurgicaux et les cliniques de protonthérapie.

Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer d’un centre de protonthérapie, un type de radiothérapie utilisé pour traiter le cancer. De plus, on compte 39 cliniques et hôpitaux à travers le pays qui sont dotés de robots chirurgicaux da Vinci, contre plus de 2000 aux États-Unis, soulève une note de l'Institut économique de Montréal (IEDM), publiée mardi.

Pour chaque million d'habitants, le Canada possède 1,1 système de chirurgie robotisée contre 16,6 aux États-Unis.

Notons que la majorité des systèmes chirurgicaux da Vinci au Canada ont été acquis grâce aux fondations des hôpitaux.

«Au Canada, on est très bon en recherche, on a des hôpitaux qui sont extrêmement performants et ils sont même des leaders [...] mais le problème qu'on a au Canada, c'est au niveau du déploiement. On a vraiment un délai», commente en entrevue Emmanuelle Faubert, économiste à l’IEDM et auteure de la publication.

Elle donne l'exemple des chirurgies robotisées qui se déploient lentement au pays. On compte seulement une dizaine de systèmes robotiques chirurgicaux de plus qu'en 2010-2011.

Pourtant, cette technologie comporte plusieurs avantages sur le plan clinique. Elle permet notamment au chirurgien d'avoir un meilleur contrôle de la motricité fine et d'accroître la précision. Les robots chirurgicaux réduisent aussi la perte de sang, les risques de complication, de réadmission, en plus de diminuer la durée de séjours à l'hôpital.

Envoyer des patients à l'étranger

La protonthérapie, approuvée par Santé Canada en 2015, est un autre exemple d’innovation qui tarde à être implantée au Canada.

Comme il y a peu de thérapie équivalente, il arrive que des provinces envoient des patients à l'extérieur du pays, surtout aux États-Unis, où il y a une quarantaine de centres de protonthérapie. «Entre 2018 et 2024, 143 demandes de protonthérapie à l’étranger ont été approuvées pour des patients de l’Ontario uniquement, à un coût moyen de plus de 80 000 $ par patient», indique la note de l'IEDM.

On pointe le fonctionnement des budgets qui sont alloués pour le système de santé canadien comme frein à la construction de centres de protonthérapie, dont les coûts d’investissement se chiffrent en centaines de millions de dollars.

«Au Canada, les soins de santé sont financés par les provinces, de sorte que ces coûts d’investissement pèsent sur le budget des soins de santé d’un seul gouvernement provincial. Un centre de protonthérapie pourrait desservir des patients dans plusieurs provinces, mais aucune ne souhaite prendre en charge seule l’intégralité des coûts», mentionne la note. On cite deux tentatives de construire une clinique de protonthérapie qui ont échoué, une au Québec et une à Edmonton.

Changer le mode de financement

Selon Mme Faubert, il faudrait changer le modèle pour introduire le financement à l'activité. En ce moment, les gouvernements provinciaux gèrent leur budget en allouant un montant fixe en santé pour l'année. Cette enveloppe est basée sur les besoins historiques.

«Donc chaque patient représente un coût additionnel, alors que si on change le financement pour un financement qui suit le patient, chaque patient devient une source potentielle de revenus», explique Mme Faubert.

Elle illustre que cela ressemblerait au financement des écoles, qui vont recevoir un montant par élève. «Et donc, avoir un financement qui provient du gouvernement, mais qui est basé sur les actes médicaux qui sont faits et sur les patients qui viennent, ça permet à l'hôpital d'augmenter les revenus, et c'est pour ça que ça change la structure d'incitation», précise l'économiste.

Elle reprend l'exemple des robots en chirurgie qui permettraient de soigner plus de patients, ce qui donnerait plus de revenus à l'hôpital. Ça devient avantageux pour l'hôpital d'adopter cette technologie.

Mme Faubert ajoute qu'il ne s'agit pas d'un financement 100 % à l'activité et qu'il reste plusieurs facteurs qui viennent ajuster le revenu. «Il y a des considérations qui sont faites pour l'endroit géographique, la taille de l'hôpital, ce sont toutes des choses qui sont prises en considération dans ce type de financement», dit-elle.

Pour l'instant, les enveloppes en santé, qui représentent une partie imposante du budget d'un gouvernement provincial, sont surtout investies dans les soins directs aux patients. Cela incite beaucoup moins à l'adoption de nouvelles technologies, déplore Mme Faubert.

Elle constate que les gouvernements ne sont pas enclins à changer le modèle de financement, car les bienfaits des nouvelles technologies se font ressentir sur le long terme, tandis que les dépenses, assez dispendieuses, doivent se faire à court terme.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne