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Le changement climatique met fin aux accalmies nocturnes dans les feux de forêt

durée 19h29
17 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Le changement climatique perturbe les accalmies nocturnes habituelles dans l'activité des feux de forêt, réduisant ainsi les possibilités pour les équipes d'intervenir afin de maîtriser ces incendies qui s'intensifient, selon une nouvelle étude.

Cette étude, corédigée par des chercheurs de Colombie-Britannique et d'Alberta, indique que le nombre d'heures propices aux incendies a fortement augmenté en Amérique du Nord au cours des 50 dernières années, en particulier dans les zones à risque d'incendie de l'Ouest canadien.

Publiée vendredi dans la revue scientifique à comité de lecture Science Advances, cette étude souligne qu’une grande partie de l’Ouest canadien a connu quatre à cinq heures supplémentaires de conditions propices aux incendies à chaque saison des feux de forêt au cours du dernier demi-siècle.

En Colombie-Britannique et en Alberta, cela se traduit par environ 200 à 250 heures supplémentaires de conditions propices aux incendies au cours des saisons actuelles par rapport à celles des années 1970, empiétant sur les heures nocturnes et les périodes du printemps et de l'automne autrefois plus calmes.

D'ici le milieu du siècle, la saison des feux de forêt de 2023, qui a battu tous les records au Canada, pourrait devenir «rapidement la norme», selon le coauteur Kaiwei Luo.

«Les saisons de feux extrêmes se normaliseront rapidement si ces contraintes diurnes et nocturnes sur les feux continuent de diminuer ou de s’affaiblir», explique M. Luo, qui a mené ces recherches dans le cadre de son doctorat à l’Université de l’Alberta.

«Cela signifie donc qu’une fois que le feu s’est déclaré, il n’y a plus de conditions nocturnes pour le freiner ou l’arrêter», ajoute-t-il.

Les nuits et les matins — moments où, généralement, les températures sont plus basses, l’humidité plus élevée et les vents plus calmes — peuvent contribuer à ralentir la propagation des feux de forêt et offrir aux pompiers un répit crucial.

Même les zones les plus actives du Canada ne connaissent en moyenne qu’environ neuf heures de conditions propices aux incendies par jour pendant la saison des feux, d'après l’étude.

Mais les chercheurs affirment que le changement climatique, largement dû aux émissions de combustibles fossiles, entraîne une forte augmentation du nombre de jours pouvant offrir plus de 12 heures, voire 24 heures complètes, de conditions propices aux incendies.

«Pour relever ces défis, il faudra adopter des approches innovantes en matière de science et de gestion des incendies qui tiennent compte de l’évolution de la dynamique temporelle des feux de forêt à l’échelle horaire», mentionne l’étude, corédigée par des chercheurs de l’Université de l’Alberta, de l’Université Thomson Rivers et de Ressources naturelles Canada.

Les jours présentant un risque de conditions propices aux incendies 24 heures sur 24, autrefois rares dans le nord de l’Alberta et les Territoires du Nord-Ouest, ont bondi de 232 % depuis les années 1970 dans ces régions de la forêt boréale de toundra, indique l’étude. Les jours présentant plus de 12 heures de conditions propices aux incendies ont augmenté de 80 %.

Des augmentations similaires ont été observées dans les forêts de montagne tempérées, notamment dans l’intérieur de la Colombie-Britannique et le nord-ouest pacifique des États-Unis.

L'Alberta et la Colombie-Britannique ont toutes deux renforcé leurs opérations de lutte aérienne contre les incendies de nuit au cours des dernières saisons, en équipant davantage de pilotes d'hélicoptères de lunettes de vision nocturne.

Le Canada se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et encore plus rapidement dans le nord du pays, en partie à cause de la perte de la couverture de neige et de glace de mer qui agit comme un bouclier réfléchissant le rayonnement solaire.

D'autres études sur la question

D'autres études se sont penchées sur les changements dans la durée et la gravité des saisons de feux de forêt, mais peu d'entre elles ont examiné l'activité des feux sur un cycle de 24 heures.

Les mêmes chercheurs à l'origine de l'étude publiée vendredi ont publié en 2024 un article établissant un lien entre l'activité extrême des feux pendant la nuit et la sécheresse.

Pour cette étude, les chercheurs ont analysé des données satellitaires horaires de 2017 à 2023 concernant près de 9000 feux de forêt à travers l'Amérique du Nord.

Ils ont constaté que 60 % de ces feux atteignaient leur intensité maximale en moins de 24 heures, et que 14 % atteignaient leur pic pendant la nuit.

L'équipe de recherche a ensuite entraîné un modèle d'apprentissage automatique sur ces observations horaires récentes afin d'estimer l'activité des feux de forêt de 1975 à 2024 en se basant sur les conditions météorologiques historiques.

L'étude suggère que, sur l'ensemble du continent, le nombre annuel d'heures de combustion potentielles a augmenté de 36 % au cours de ces 50 années.

C'est en été — la haute saison des feux de forêt — que les gains absolus en heures de combustion potentielles ont été les plus importants, mais les saisons printanière et automnale, généralement calmes, ont connu des hausses relatives plus marquées, avec des augmentations respectives de 57 et 48 %, selon l'étude.

Jordan Omstead, La Presse Canadienne