Le CHU Sainte-Justine identifie une nouvelle piste pour la dystrophie de Duchenne
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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Une molécule bien connue pour son rôle dans l'inflammation, la prostaglandine E2 (PGE₂), pourrait aussi jouer un rôle-clé dans la réparation des muscles, ont constaté des chercheurs du CHU Sainte-Justine.
Cette découverte pourrait un jour mener à de nouvelles thérapies pour des troubles comme la dystrophie musculaire de Duchenne, une maladie dégénérative grave qui touche environ 1 garçon sur 4000 et se caractérise par une perte de force musculaire graduelle et irréversible.
«C'est une molécule inflammatoire (la PGE₂) qui est bien connue quand même depuis longtemps», a dit le professeur Nicolas Dumont, du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine.
«Quand on prend des médicaments anti-inflammatoires, (...) on cherche à diminuer l'expression de cette molécule-là parce qu'elle est associée souvent à la douleur. Mais nous, on s'est intéressés à savoir si elle pouvait aussi avoir des rôles positifs, dans la guérison des muscles en particulier.»
Le professeur Dumont et son collègue Thomas Molina ont découvert que la prostaglandine E2 contribue à maintenir un équilibre entre la fibrose, ce tissu cicatriciel qui se forme après une lésion, et la régénération des tissus musculaires.
Plus précisément, ils ont constaté que des cellules impliquées dans la réparation des muscles, les progéniteurs fibroadipogéniques (FAPs), produisent elles-mêmes de la PGE₂, ce qui les empêche de produire trop de fibrose.
«On a toujours tenu pour acquis que les cellules inflammatoires produisaient de la PGE₂ parce que c'est associé à l'inflammation, a expliqué le professeur Dumont. Mais finalement, on a découvert que les FAPs sont les principaux producteurs. Et à notre surprise, on a découvert que la PGE₂ limitait l'activation des FAPs.»
L'activité des FAPs doit être finement régulée, a-t-on expliqué: lorsqu’elles s’accumulent ou deviennent trop actives, elles produisent trop de fibrose. La PGE₂ agit donc comme un frein naturel, empêchant une accumulation excessive de tissu fibreux.
Dans le cas de la dystrophie musculaire de Duchenne, par exemple, n'étant plus contrôlés efficacement, les FAPs s’accumulent et produisent davantage de fibrose, ce qui contribue à la détérioration progressive de la fonction musculaire.
«Cette molécule-là (la PGE₂) stimule la prolifération de d'autres types de cellules qui sont bonnes pour le corps, mais en même temps, elle est capable de limiter la prolifération d'un autre type de cellule, a souligné le professeur Dumont. Donc, on a poursuivi un petit peu cette ligne-là et on l'a appliquée à une maladie qui est connue pour avoir de la fibrose musculaire, qui est la dystrophie de Duchenne.»
On pourrait donc envisager, un jour, de moduler l'activité de molécules comme les PGE₂ pour en amplifier les effets bénéfiques au bon moment dans le traitement de certaines maladies musculaires.
Dans le cas de la dystrophie de Duchenne, a dit le professeur Dumont, «les muscles sont trop fragiles, ils se blessent, puis ils ont de la difficulté à récupérer».
Avec le temps, a-t-il dit, le muscles devient de plus en plus faible, en ne guérissant pas il accumule de la fibrose et il n'est plus capable de fonctionner normalement.
«Le muscle est remplacé par du tissu fibreux, a expliqué le professeur Dumont. Donc, de limiter la fibrose, c'est un des objectifs thérapeutiques importants dans la maladie. Puis là, on a trouvé finalement une nouvelle voie qui était inattendue, qui nous permettait de cibler la fibrose.»
Des expériences pré-cliniques ont montré qu'il est possible de bloquer complètement l'apparition de fibrose supplémentaire en ciblant la PGE₂, a-t-il ajouté.
Chez les humains, on pourrait un jour envisager d'utiliser des médicaments qui empêcheraient la protéine de se dégrader trop rapidement, «pour lui laisser le temps de faire son effet», a-t-il complété.
«Avec ces approches-là, on pense que ça serait plus spécifique, ça ne serait pas nécessairement douloureux, mais qu'on pourrait aller chercher les côtés positifs», a conclu le professeur Dumont.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Cell Death & Differentiation.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne