Les inhalateurs émettent énormément de GES, des hôpitaux tentent de les réduire

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Par La Presse Canadienne, 2025
MONTRÉAL — Des centaines de milliers d'inhalateurs-doseurs sont utilisés chaque année au Québec. Fait plutôt méconnu, ces dispositifs pour administrer des médicaments en aérosol dans les voies respiratoires polluent énormément. L’empreinte carbone associée à l’utilisation d’un seul engin peut équivaloir à un trajet de 290 km en voiture. Bonne nouvelle, des projets novateurs pour minimiser leur impact sur l'environnement sont portés par du personnel dévoué.
C'est le cas au CHU Sainte-Justine et à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec (IUCPQ) où un programme de recyclage des inhalateurs-doseurs a été lancé. De plus, on propose des traitements alternatifs moins polluants, lorsque possible.
Au Canada, l’asthme touche environ 10 % de la population. C'est l’une des principales raisons de consultation à l’urgence et d’hospitalisation. Deux expertes soulignent un cercle vicieux pour cette maladie, car d'une part, l'asthme est aggravé par les effets des changements climatiques, et en même temps, la prise en charge de l’asthme contribue aux émissions de gaz à effet de serre.
«On est très sensibilisé à ça vu qu'on traite des enfants avec des problèmes respiratoires. On sait qu'ils vont être exposés à la pollution, au changement climatique, tout ce qui vient avec est néfaste pour les poumons, souligne la Dre Sze Man Tse, pneumologue au CHU Sainte-Justine. C'est pour ça que même dans la prise en charge, on essaie de diminuer l'impact de notre empreinte carbone. Au final, ce sont les enfants qui en bénéficient dans leur futur.»
Rapporter sa pompe à la pharmacie
Isabelle Giroux, pharmacienne à l’IUCPQ, indique qu'il existe différents dispositifs pour les inhalateurs. Ceux en forme de L ont une composante plastique et une petite bonbonne qui va en quelque sorte pressuriser le médicament. «Ça va l'amener à se disperser. Puis, le gaz qui est contenu là-dedans, c'est un gaz propulseur à base de HFA (hydrofluoroalcane). Ça, ce sont des gaz qui sont jusqu'à 1300 fois plus polluants et plus puissants que le CO2», explique Mme Giroux.
Ce gaz contenu dans les pompes est donc un haut émetteur de GES. «À l'échelle planétaire, on estime qu'il y a à peu près 18 millions d'aérosols-doseurs qui sont prescrits par année. Ça va larguer jusqu'à 13 milliards de tonnes d'équivalent CO2 dans l'environnement», soulève Mme Giroux.
Elle appelle le public à ne surtout pas jeter leur inhalateur-doseur à la poubelle, car du gaz continuera à s'échapper dans l'environnement. Les gens peuvent notamment les rapporter à leur pharmacie. Et l'impact est significatif lorsqu'ils sont correctement recyclés. Selon le réseau Cascades, qui favorise la mise en œuvre de pratiques et de politiques de santé durables au Canada, quand elle est bien recyclée, une pompe permet d'économiser huit litres d'essence.
Un des aspects du Projet inhalateurs mis sur pied au CHU Sainte-Justine est son programme de recyclage d'inhalateur-doseur dans l'hôpital. Depuis 2023, autant les professionnels que les patients peuvent déposer les pompes dans les bacs prévus à cet effet. La compagnie Go Zero s'occupe de les récupérer et de recycler les différents dispositifs de l'appareil.
Changer les habitudes des prescripteurs
La Dre Sze Man Tse indique par ailleurs que des traitements alternatifs sont moins polluants et que le choix de l’inhalateur devrait être une décision conjointe soignant-patient.
Elle parle notamment des dispositifs à poudre sèche qui n'ont pas de gaz propulseur. «C'est une poudre très fine, mais ce n'est pas tous les enfants qui sont capables de prendre ça. Généralement, les enfants, à partir de 8 à 10 ans ont la bonne technique pour le faire, mais en bas de ça, les enfants ne sont généralement pas capables d'utiliser ces poudres sèches», précise la pneumologue.
Isabelle Giroux estime que les médecins doivent changer leur habitude de prescription pour opter pour les alternatives moins polluantes lorsqu'il n'y a pas de contre-indications pour le patient. Selon la pharmacienne, les prescripteurs ne pensent pas nécessairement au fait que les inhalateurs-doseurs sont très dommageables pour l'environnement.
L’IUCPQ a également développé une nouvelle approche pour la sélection et l’utilisation des médicaments inhalés. En physiologie respiratoire, le personnel installe désormais une chambre d'espacement entre le dispositif et le patient (et nettoie le dispositif de façon sécuritaire). «On essaie le plus possible qu'il soit utilisé au maximum», résume Mme Giroux.
«Ça nous a entraîné vraiment des réductions intéressantes. Sur une année, on a réduit de 5000 inhalateurs. En termes de réduction des GES, c'est 14 fois le tour de la planète. Ça, c'est juste mon centre hospitalier, juste sur un an», expose la pharmacienne.
Au CHU Sainte-Justine, à la suite d'un sondage auprès des professionnels, on s'est rendu compte que les gens étaient très préoccupés par les changements climatiques, mais qu'ils manquaient de connaissances pour mettre en application des actions concrètes qui pourraient diminuer l'empreinte carbone.
Le centre hospitalier est en train de développer une formation et des outils qui facilitent les prescriptions.
La Dre Sze Man Tse et la pharmacienne Isabelle Giroux ont toutes deux fait valoir que les initiatives environnementales de la sorte sont présentement des projets à l'échelle locale. Elles souhaiteraient voir une directive nationale pour se donner les coudées franches pour réussir à vraiment réduire l'empreinte carbone dans le réseau de la santé.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne