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Pour Paul Watson, sa mission anti-chasse à la baleine en Islande est un succès

Pour Paul Watson, sa mission anti-chasse à la baleine en Islande est un succès
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Shannon Mann s'adapte à la vie à terre après avoir été retenue à bord d'un bateau participant à une manifestation anti-chasse à la baleine au large des côtes islandaises.

Cette militante de la Saskatchewan est restée bloquée à bord du navire pendant près d’une semaine, début août, sans savoir quand ses compagnons d’équipage et elle pourraient partir.

Shannon Mann est désormais de retour à Saskatoon, après avoir été expulsée par le gouvernement islandais avec le reste de l’équipage. Et malgré le stress qu’elle a subi lorsque leur navire a été arraisonné par les autorités islandaises, elle éprouve de la nostalgie pour les semaines qu’elle a passées en mer.

«Chaque nuit (…), je rêve que je suis de retour sur le bateau et je suis plutôt heureuse, plutôt satisfaite», a-t-elle confié avec un sourire.

Mme Mann était matelot à bord du Bandero, un navire de protestation anti-chasse à la baleine qui a été arraisonné le 30 juillet par les forces de sécurité islandaises, vêtues de gilets pare-balles et portant des armes à feu.

Les garde-côtes islandais ont indiqué avoir arraisonné le navire après que l’équipage du baleinier Hvalur 9 eut demandé de l’aide, estimant que ce dernier menaçait leur sécurité.

Elle a indiqué que le Bandero avait ignoré les instructions des garde-côtes lui enjoignant de quitter les eaux islandaises, puis un ordre de couper ses moteurs.

Vingt-et-un membres d’équipage ont été placés en détention, selon la Fondation Captain Paul Watson, qui exploite le navire. La plupart ont désormais été expulsés.

Deux membres d’équipage devraient quitter l’Islande mercredi, ne laissant à bord que le chef mécanicien de l’équipage d’origine, a confirmé la fondation mardi.

L’équipage risque une interdiction de retour en Islande et dans de nombreux pays européens, mais ses membres ont l’intention de contester cette décision.

La tactique de la «non-violence agressive»

Shannon Mann et le militant anti-chasse à la baleine canadien Paul Watson affirment tous deux que cette intervention spectaculaire a fait de leur mission un succès.

«L'objectif était d’attirer l’attention internationale sur la poursuite des opérations de chasse à la baleine illégales menées par l’Islande», a expliqué M. Watson, âgé de 75 ans, à La Presse Canadienne lors d’un appel vidéo depuis Boston. «Et cela a très bien fonctionné.»

Il a précisé que l’intention initiale de l’équipage était d’interrompre les activités de chasse à la baleine au large des côtes islandaises en bloquant les harpons et en filmant le processus pour une émission de télévision.

Lorsque les garde-côtes islandais ont abordé le Bandero, les caméras tournaient toujours.

«Les garde-côtes et la police nous ont en fait beaucoup aidés, car lorsqu’ils sont montés à bord, c’était une véritable opération d’assaut du type SWAT. Ils portaient des gilets pare-balles, des armes à feu, des masques et des casques», a raconté M. Watson.

«Nous nous sommes dit: “Voilà de superbes images pour l’émission de télévision.”»

Mme Mann a assuré que leur mission avait reçu le soutien de la population islandaise.

«Je pense que l’équipage peut être fier. C’était parfois stressant, mais ce n’est rien comparé à ce que subissent les rorquals communs presque quotidiennement (pendant la saison de chasse à la baleine)», a-t-elle déclaré.

Les jours qui ont suivi l’arraisonnement ont plongé l’équipage dans l’incertitude, les autorités islandaises ayant saisi leurs téléphones et empêchés de contacter leur avocat, ont indiqué Mme Mann et la fondation de M. Watson.

Manolya Adan, une autre membre de l’équipage, d'origine britannique, s’était confiée à La Presse Canadienne le 4 août au sujet du stress et de l’incertitude liés à cette détention.

«Cela nous a semblé excessif qu’ils nous escortent de cette manière, mais nous ne nous attendions certainement pas à ce qui s’est passé ensuite», avait-elle expliqué lors d’un appel téléphonique depuis sa cabine à bord, peu avant que l’équipage ne soit autorisé à quitter le navire.

Mme Adan, d'origine britannique, a été expulsée la semaine dernière.

La mission du Bandero était la dernière action en date liée à Paul Watson, un militant canadien pour la conservation marine connu pour recourir à des tactiques d’action directe controversées, telles que l’éperonnage et le sabordage de navires.

L’Islande est l’un des rares pays à pratiquer encore la chasse commerciale à la baleine, avec la Norvège et le Japon.

Cette chasse est de plus en plus controversée en Islande, où la viande de baleine est désormais rarement consommée.

M. Watson a déclaré que son objectif était d’éradiquer la chasse à la baleine dans le monde entier et qu’il n’hésiterait pas à recourir à des tactiques agressives pour y parvenir, y compris en coulant des navires vides.

«J’appelle cela la non-violence agressive: intervenir de manière agressive, mais sans causer de blessures», a déclaré le militant.

Le cabinet du premier ministre islandais, le bureau du commissaire national de la police islandaise et le ministère de l’Industrie du pays n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Paul Watson est un ancien dirigeant de la Sea Shepherd Conservation Society, dont les affrontements en haute mer avec des baleiniers ont suscité le soutien de célébrités, ont fait l’objet de l’émission de téléréalité «Whale Wars» et lui ont régulièrement valu des séjours en prison.

En 2012, M. Watson a fait l’objet d’une «alerte rouge» émise par l’organisation policière internationale Interpol. Il a été retiré de la liste des personnes les plus recherchées en 2025.

Ses tactiques radicales ont divisé le mouvement qu’il a fondé et les entreprises maritimes ont accusé les militants anti-chasse à la baleine de mettre en danger les navires et des vies humaines.

— Avec des informations de Kathryn Mannie et de l’Associated Press.

Marieke Glorieux-Stryckman and Eli Ridder, La Presse Canadienne