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Santé mentale: l'efficacité du cannabis serait plutôt limitée

durée 11h47
19 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L'efficacité du cannabis médical semble plutôt limitée pour le traitement de différents problèmes de santé mentale ou de consommation, conclut une nouvelle méta-analyse réalisée par des scientifiques australiens.

Les chercheurs n'ont ainsi constaté aucun bienfait particulier pour plusieurs affections pour lesquelles l'usage du cannabis à des fins médicales pourrait être justifié, comme les troubles de l'anxiété, les troubles psychotiques, l'anorexie, le syndrome de stress post-traumatique ou encore le trouble lié à l'usage des opioïdes.

«Pour plusieurs des conditions pour lesquelles le cannabis est souvent utilisé actuellement, les données scientifiques provenant de ce type d'études indiquent qu'on n'est pas capables de détecter un effet thérapeutique», a résumé le docteur Didier Jutras-Aswad, un spécialiste des effets du cannabis chez l'humain, notamment sur le plan de la santé mentale, au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

Cela étant dit, nuance-t-il, «ça n'empêche pas qu'une personne donnée puisse elle-même voir un bénéfice à l'usage d'une substance comme le cannabis dans son contexte très particulier. Donc, je pense aussi qu'il faut être prudent».

«On ne peut pas nier le fait que les gens peuvent avoir des expériences subjectives avec une substance comme le cannabis, qui peut leur apporter à eux, dans ce contexte donné, certains bénéfices», a précisé le docteur Jutras-Aswad.

Sans grande surprise, la méta-analyse a constaté que le recours au cannabis médical pourrait aider à réduire l'intensité du sevrage des patients qui souhaitent réduire leur consommation de la substance.

Les chercheurs font état d'une «diminution des traits autistiques chez les personnes atteintes d'un trouble du spectre autistique», mais soulignent que «le niveau de certitude des données concernant cette diminution des traits autistiques était très faible, et les deux études ayant fourni des données sur ce critère de jugement présentaient un risque élevé de biais».

Ils ont également observé une diminution des symptômes d'insomnie et certaines données indiquaient une amélioration de la durée du sommeil. C'était d'ailleurs le «seul effet bénéfique des cannabinoïdes dont le niveau de certitude était modéré», selon les mesures effectuées à l'aide d'un appareil, écrivent-ils.

Enfin, les cannabinoïdes ont semblé réduire la gravité des tics des patients souffrant du syndrome de la Tourette, mais uniquement s'ils avaient reçu une association de cannabidiol et de THC.

Manque criant de données

Les auteurs de la méta-analyse se sont intéressés à 54 études réalisées entre 1980 et 2025, et qui regroupaient au total un peu moins de 2500 participants. Ces études ont évalué les cannabinoïdes en tant que traitement de première intention pour les troubles mentaux ou liés à la consommation de substances.

Les auteurs n'ont trouvé aucun essai randomisé à double insu ― la référence absolue en matière de recherches scientifiques ― sur la question, ce qui met en lumière un trou béant en matière de données probantes.

«On a à peine une soixantaine d'études à se mettre sous la dent, a déploré le docteur Jutras-Aswad. Malgré le fait que c'est largement utilisé, malgré que plein de gens rapportent des effets positifs de cette substance-là, malgré le fait qu'on parle abondamment du cannabis dans notre arsenal thérapeutique, le niveau d'évidence, la qualité d'évidence, le nombre d'études, est extrêmement limité.»

Un des principaux constats de tout ça, ajoute-il, «c'est que malgré tout le brouhaha autour du cannabis, puis le fait qu'on en parle beaucoup, puis que ce soit largement utilisé à tort ou à raison, les données, la science ne sont pas au rendez-vous».

«La science ne suit pas encore la parade», a dit le docteur Jutras-Aswad, qui dirige le département de psychiatrie du CHUM.

Les auteurs de l'étude abondent dans le même sens en faisant remarquer que «le manque de données probantes quant à l'efficacité de ces traitements contraste avec l'augmentation spectaculaire de leur utilisation dans certaines régions, ce qui suggère qu'il faudrait renforcer la surveillance réglementaire de l'utilisation des cannabinoïdes à des fins médicales».

«On constate régulièrement que les professionnels de santé se sentent mal préparés lorsqu'ils doivent aborder ces traitements», rappellent-ils.

«On a probablement des gens qui pourraient bénéficier de cannabis pour certaines indications des fins thérapeutiques et qui n'y ont pas accès parce que le corps médical n'est pas encore pleinement formé ou adéquatement formé», a confirmé le docteur Jutras-Aswad.

De plus, poursuivent les chercheurs australiens, «il pourrait s'avérer nécessaire de repenser les messages de santé publique concernant ces médicaments afin de minimiser les attitudes négatives ou positives traditionnellement associées à l'usage non médical, ces deux types d'attitudes pouvant entraîner des effets d'attente ou des effets placebo».

Ils font remarquer que plusieurs personnes rapportent souvent auto-traiter leurs problèmes de santé à l'aide de produits à base de cannabis à usage non médical.

«Le cannabis est une des substances les plus utilisées, donc on a abondamment de rapports subjectifs ou auto-rapportés de gens qui utilisent le cannabis pour différentes raisons, avec des bénéfices ou parfois des effets délétères pour eux-mêmes», a dit le docteur Jutras-Aswad.

L'étude montre cependant, rappellent ses auteurs, que «seule une petite partie des produits à base de cannabis et des formes posologiques a fait l'objet d'évaluations quant à leur efficacité et leur innocuité».

«Les messages destinés au grand public concernant les cannabinoïdes à usage médical devraient (donc) mettre l'accent sur l'importance des produits testés», concluent les chercheurs australiens.

Les conclusions de cette méta-analyse ont été publiées par le journal médical Lancet Psychiatry.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne