Un chercheur de McGill réalise une percée face au sarcome de Kaposi

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Une cause génétique pourrait expliquer pourquoi certaines personnes développent un sarcome de Kaposi même si leur système immunitaire est apparemment en bonne santé, démontrent des travaux réalisés par une équipe montréalaise.
Il s'agit d'un cancer rare causé par l’herpèsvirus humain 8 (HHV-8) qui touche principalement des personnes dont le système immunitaire est affaibli, par exemple par le VIH ou un traitement immunosuppresseur. Ce virus appartient à la même famille que ceux qui causent les feux sauvages ou la varicelle.
Mais pour des raisons encore mal comprises, a-t-on expliqué par voie de communiqué, il touche aussi parfois des personnes âgées sans problème immunitaire apparent, notamment chez des hommes d’origine méditerranéenne, moyen-orientale ou est-européenne, ainsi que dans certaines populations d’Asie centrale, d’Amérique du Sud et chez les Inuits.
«Dans ces cas, c'est toujours resté un mystère, a dit le docteur Donald Vinh, qui est microbiologiste-infectiologue et scientifique au sein du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.
«Pourquoi certaines personnes sont à risque, mais sans d'autres facteurs de risque épidémiologiques qu'on peut reconnaître?»
L'équipe montréalaise a décrit le premier cas humain connu de déficit de la protéine RIG-I — un élément clé de l’immunité naturelle antivirale. Leurs travaux montrent que cette anomalie, qui est causée par une mutation dans le gène DDX58, empêche l’organisme de détecter le virus responsable de la maladie et donc de contrôler l’infection.
La découverte pourrait mener à l’utilisation de traitements plus ciblés et potentiellement plus efficaces pour ce cancer, et possiblement pour d’autres maladies ou cancers causés par des virus, a-t-on indiqué.
Le défaut génétique, a expliqué le docteur Vinh, ne fait pas qu'affaiblir la réponse immunitaire: il permet aussi au virus de se cacher dans les cellules et de les reprogrammer de façon à ce qu’elles puissent survivre et se multiplier, ce qui favorise le développement du cancer.
«On a découvert un nouveau gène qui permet à ce virus, au moins dans un patient humain, de devenir cancéreux, a expliqué le docteur Vinh. Ça nous permet de comprendre quelle voie moléculaire pourrait permettre à ce virus d'avoir ses conséquences dangereuses.»
Le sarcome de Kaposi demeure un cancer rare, a-t-il poursuivi, ce qui signifie que les thérapies dont on dispose pour le combattre sont moins bien développées que celles pour affronter des cancers comme ceux du sein ou du poumon.
L’interféron alpha, une immunothérapie, est parfois utilisé, mais avec des résultats variables. La nouvelle étude suggère que d'autres immunothérapies, comme l’interféron bêta et potentiellement l’interféron oméga, pourraient être plus efficaces et mieux tolérées.
«On a démontré que l'interféron bêta est plus efficace que l'interféron alpha, a dit le docteur Vinh. Ça supprime non seulement la production de virus, mais aussi le programme qui mène à des changements cancéreux. Alors, on espère que ça pourrait être le début (d'un) changement dans le traitement de ce cancer.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le Journal of Allergy and Clinical Immunology.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne