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Salaire avant grossesse

Le parcours économique des femmes jalonné de «pénalités financières»

durée 18h00
5 mars 2026
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Par La Presse Canadienne

Une femme qui donne naissance à son premier enfant peut prendre environ dix ans avant de rattraper son salaire d'avant sa grossesse.

Ce constat est mis en lumière dans un graphique présentant la «trajectoire économique des femmes». Il illustre l'évolution financière des Québécoises, ou les «pénalités financières» qu'elles peuvent subir, au cours de quatre moments de vie: l’entrée sur le marché du travail, la parentalité, la proche aidance et la retraite.

À travers ces étapes, les femmes sont à risque de voir leur situation financière se détériorer, selon les données exposées dans le graphique.

«L'objectif de la courbe, c'est de sensibiliser la population au risque d'inégalités économiques qui peut survenir dans la vie d'une femme», explique Maude Brossard-Sabourin, directrice générale adjointe du Chantier de l'économie sociale.

Son organisme, en collaboration avec la Ligne d'arrivée et le Comité sectoriel de main-d'oeuvre économie sociale et action communautaire, a conçu ce graphique. Celui-ci se base sur diverses statistiques, données et sources. Le document a été rendu public jeudi sur les réseaux sociaux, à l'approche de la Journée internationale des droits des femmes.

À l'arrivée sur le marché du travail, certaines inégalités se profilent. Par exemple, «dans une forte proportion, les stages non rémunérés sont réalisés dans des domaines à prédominance féminine». Davantage de femmes que d'hommes détiennent un diplôme universitaire, mais elles sont moins nombreuses parmi les métiers les mieux rémunérés, lit-on dans le graphique.

«Déjà la courbe financière démarre plus lentement pour les femmes et après ça, lorsqu'elles donnent naissance dans un âge moyen autour de 29 ans, on voit à quel point il y a vraiment une descente qui va être difficile à rattraper dans les années suivantes», expose Mme Brossard-Sabourin.

Le revenu moyen des Québécoises de 16 ans et plus était 17 % inférieur à celui des hommes en 2022, mettent de l'avant les organismes, qui citent l'Institut de la statistique du Québec.

La courbe montre également que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de devenir proches aidantes entre 45 et 64 ans (35,8 contre 25,5 %). Ce rôle a des répercussions entraînant une baisse de revenus, selon la courbe financière présentée.

Une fois à la retraite, à partir de 65 ans, l'écart de revenus entre les deux sexes se creuse. Il grimpait à 26 % en faveur des retraités masculins en 2022.

Pour des politiques féministes

En présentant cette courbe, le Chantier de l'économie sociale souhaite que la population prenne conscience des fluctuations financières et du rattrapage auxquels peuvent être confrontées les femmes au cours de leur vie.

«Il y a une quinzaine d'années, quand j'ai eu mes enfants, on ne parlait pas de planification financière entre amies. C'était peut-être un peu tabou. Je pense qu'on ne prenait pas conscience à quel point d'arrêter de travailler pouvait affecter notre courbe financière à long terme», témoigne Mme Brossard-Sabourin.

«On parlait beaucoup de répartition des tâches, de la charge mentale, mais moins de la trajectoire financière. Et là, je pense que le pas qu'on est en train de faire, c'est que la nouvelle génération, mais aussi la société, se rendent de plus en plus compte des inégalités qui peuvent être créées au cours de la vie d'une femme», poursuit-elle.

Plusieurs politiques ont permis d'améliorer la condition économique des Québécoises, dont la création du réseau des centres de la petite enfance, souligne Mme Brossard-Sabourin.

«En ce moment, on se questionne sur les prochaines initiatives concrètes qu'on pourrait développer en tant que société sur le plan des mesures, des politiques publiques pour arriver à faire en sorte que cette courbe soit plus atténuée pour les femmes», évoque-t-elle.

Elle lance un appel à regarder comment les politiques publiques affectent actuellement les Québécoises.

«Ce n'est pas une seule mesure qui peut contrer les inégalités dans la trajectoire économique d'une femme, mais plusieurs. (...) Pour nous, le constat, c'est qu'une économie qui innove doit avoir l'angle féministe et doit innover pour ne pas créer d'iniquité», avance Mme Brossard-Sabourin.

Les responsables derrière le graphique précisent que leur travail est basé sur des données moyennes au Québec qui ne reflètent pas la trajectoire économique de toutes les femmes. La réalité peut différer en fonction de différents facteurs, notamment la diversité ethnoculturelle, l'appartenance à une communauté autochtone, une situation de handicap et l'orientation sexuelle.

Une quinzaine d'organismes utilisent en ce moment le document pour mener des consultations afin de bonifier les données et alimenter la réflexion pour trouver des pistes de solutions.

Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

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