Des éclaircissements réclamés avant son entrée en vigueur
Boissons énergisantes: les détaillants coopéreront, mais attendent des précisions
Par La Presse Canadienne
Les commerces se plieront volontiers à la nouvelle Loi visant à prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé des jeunes, mais ils réclament des éclaircissements avant son entrée en vigueur.
«On souhaite s’y conformer, mais il va y avoir des enjeux opérationnels sur le terrain, donc on veut le moins de zones grises possible, et il reste encore quelques zones grises pour nous après la lecture du projet de loi et l'écoute des consultations. L’enjeu pour nous, ce sont les difficultés d'application», affirme le directeur des affaires publiques de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Samuel Bouchard Villeneuve.
Le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) partage ces mêmes inquiétudes.
La principale préoccupation de l’ADAQ est la manière de s’assurer que les jeunes de moins de 16 ans ne puissent pas acheter ce type de produit.
L’article 3 de la loi stipule que «cette preuve doit se faire au moyen d’une pièce d’identité avec photo, délivrée par un gouvernement ou l’un de ses ministères ou par un organisme public, sur laquelle sont inscrits le nom et la date de naissance de la personne qui désire acheter de la boisson énergisante».
M. Bouchard Villeneuve estime que cet article est flou. «Ma lecture des choses, c'est qu'une carte d'une école secondaire pourrait être bonne. L’article 3 est un peu large. Notre objectif est que ce soit noir ou blanc, que ce soit très clair. C'est pour ça qu'on va chercher à avoir ces précisions-là», explique-t-il.
Il assure cependant qu’en cas de doute, les employés n’autoriseront pas la vente aux adolescents de moins de 16 ans. «Ça, c’est certain. C’est comme pour l’alcool, la loterie et le tabac.»
Autre problème à l’horizon: les caisses libre-service. Les détaillants devront les reprogrammer pour qu’une alerte s’affiche automatiquement lorsqu’un client, peu importe son âge, voudra payer une boisson énergisante, comme c’est le cas actuellement pour les produits alcoolisés.
Le président du Québec au CCCD, Michel Rochette, déplore que «toute la pression repose sur les épaules des détaillants».
Il dénonce également l’interdiction complète des achats en ligne et des livraisons. «Il faut que la vente soit faite entre personnes physiques. De la façon dont le gouvernement a présenté les choses, c’est comme si on était incapable de demander l'âge au moment de la livraison, donc on interdit simplement toute forme de livraison ou d’achat en ligne, point à la ligne. On trouve ça un peu sévère.»
Un délai bienvenu
L’ADAQ souligne que la liste des produits interdits aux moins de 16 ans devra être la plus claire possible, à la fois pour aider le consommateur et le détaillant à s’y retrouver. «Il faut faire attention à une éventuelle confusion. Il faudra faire l’affichage en conséquence», indique M. Bouchard Villeneuve.
«Toutes ces petites nuances peuvent sembler anodines, mais elles sont considérables», soutient-il.
Heureusement pour les détaillants qu’il reste encore du temps avant l’application de la nouvelle loi. L’ADAQ et le CCCD voient d’un bon œil le fait qu’elle entrera en vigueur seulement dans six mois. M. Rochette craint cependant que les élections à venir en octobre retardent le processus.
«Le délai me semble assez juste. Ça prend toujours un délai minimal pour que tous les commerces soient opérationnels. D’ici la mise en vigueur de la loi, on a quand même quelques mois pour arrimer le tout», note M. Bouchard Villeneuve.
Il invite les acteurs gouvernementaux à se rendre directement chez les détaillants «pour voir comment on peut se conformer adéquatement». «Nos portes sont ouvertes si les gens du ministère ou les futurs inspecteurs souhaitent nous visiter pour qu’on puisse s'arrimer. Ça nous ferait plaisir», lance-t-il.
«On tend la main, mais il faut aussi qu'il y ait une compréhension mutuelle de ce qu'est opérer un commerce de détail en alimentation avec toutes les autres mesures déjà en place.»
Rappelons que la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, avait présenté le projet de loi 9 dans la foulée du décès du jeune Zachary Miron. Cet adolescent de 15 ans est mort subitement en 2024, la cannette de Red Bull qu'il avait bue ayant interagi avec son médicament pour le TDAH.
Jeudi, le Québec est devenu la première juridiction canadienne à légiférer sur les boissons énergisantes. Les élus de l’Assemblée nationale ont adopté à 103 voix contre 1 la Loi visant à prévenir les effets nocifs de la boisson énergisante sur la santé des jeunes. Seul le député indépendant de Saint-Jérôme, Youri Chassin, a voté contre.
Une boisson énergisante est définie dans le texte législatif comme possédant une concentration de caféine d'au moins 150 mg/l et contenant d'autres ingrédients, tels que de la taurine, des vitamines ou des minéraux.
Sébastien Auger, La Presse Canadienne



