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Québec

Protection du caribou forestier: des écologistes saluent l’ultimatum d’Ottawa

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19 avril 2022
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Par La Presse Canadienne

L’ultimatum lancé à Québec par le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, sur la protection du caribou forestier serait un signe que la patience d’Ottawa a ses limites envers les provinces qui n’assument pas leur responsabilité de protéger la faune, croient des écologistes.

Rachel Plotkin, une spécialiste du caribou à la Fondation David Suzuki, a estimé que la menace du ministre Guilbeault de protéger unilatéralement l’habitat de l’espèce sur le territoire québécois pour sauvegarder les populations en déclin constitue un coup de semonce visant à démontrer qu’Ottawa est prêt à adopter la ligne dure après des années de laisser−aller.

«En tant que militante qui a été engagée pour tenter de renforcer les outils de la Loi sur les espèces en péril, je suis très heureuse de voir qu’un ministre semble avoir finalement la volonté de s’en servir», a−t−elle déclaré lors d’un récent entretien.

Mme Plotkin a souligné que le gouvernement fédéral a demandé aux provinces d’élaborer une stratégie pour protéger l’habitat essentiel du caribou en 2012. Toutefois, a−t−elle ajouté, Ottawa a toujours été réticent à les contraindre à agir, même si les populations continuaient de diminuer.

«Ça démontre que le gouvernement fédéral est tanné d’attendre que les provinces posent les bons gestes (et que) sa patience a atteint sa limite», a analysé l’experte.

Dans une lettre datée du 8 avril, le ministre Guilbeault a donné au gouvernement du Québec jusqu’au 20 avril pour lui faire part de son plan de protection du caribou et de son habitat. Si le plan est jugé insuffisant, M. Guilbeault a précisé qu’il recommandera au cabinet d’émettre un décret protégeant des parties de l’habitat des animaux sur le territoire québécois, quelles que soient les objections de la province.

S’exprimant jeudi au nord de Montréal, M. Guilbeault a déclaré que bien qu’Ottawa ait récemment conclu une entente avec l’Alberta concernant un plan de protection et négocie avec la Colombie−Britannique et l’Ontario, «malheureusement, il semble y avoir peu de volonté de la part du gouvernement du Québec de trouver des terrains.»

Il a souligné qu’il espérait toujours parvenir à une entente avec Québec qui éviterait la nécessité d’un décret.

Jeremy Kerr, professeur de biologie à l’Université d’Ottawa, a souligné que la décision de M. Guilbeault était «un rappel brutal que les ministères provinciaux de l’Environnement doivent en fait assumer leurs responsabilités».

Il a indiqué que le ministre fédéral de l’Environnement ne prendrait pas à la légère la décision d’imposer la volonté d’Ottawa à une province — en particulier la province qui s’oppose avec le plus de véhémence à l’ingérence fédérale.

«Si le ministre fédéral est prêt à entrer dans ce genre de situation potentiellement litigieuse avec le Québec, alors le ministre est prêt à le faire potentiellement n’importe où», a observé M. Kerr lors d’une récente entrevue.

Anne−Sophie Doré, avocate au Centre québécois du droit de l’environnement, a expliqué qu’Ottawa avait émis des ordonnances d’urgence pour conjurer les menaces immédiates pesant sur une espèce, notamment en arrêtant les projets de construction dans le sud du Québec pour protéger la rainette faux−grillon de l’Ouest. Mais l’action envisagée par le ministre Guilbeault n’a pas été prise auparavant, selon Mme Doré.

Contrairement aux ordonnances d’urgence, un décret protégerait «les habitats dans leur intégralité» et pourrait durer cinq ans, a−t−elle précisé. La Loi sur les espèces en péril, a−t−elle complété, prévoit des sanctions en cas de non−respect de l’ordonnance, ajoutant qu’il est possible que le Québec tente de les contester devant les tribunaux.

M. Guilbeault a précisé jeudi que l’ordonnance de protection couvrirait environ 35 000 kilomètres carrés au Québec. L’intégralité du territoire ne devrait pas nécessairement être laissée intacte, a−t−il dit, mais des «mesures supplémentaires» devraient être mises en place pour assurer la survie du caribou.

Selon M. Kerr, le décret pourrait contenir un certain nombre d’éléments différents, «allant d’une cessation des activités d’utilisation des terres qui menacent la survie du caribou dans ces zones, à une sorte d’exigence que la gestion de ces zones soit très différente de ce qu’elle est aujourd’hui.»

Il a rappelé que d’innombrables recherches ont démontré que le caribou a besoin de forêts épaisses et anciennes qui fournissent une source de nourriture et une protection contre les prédateurs.

Mais les gouvernements ont été réticents à réduire les activités industrielles telles que l’exploitation forestière, qui a remplacé les vieux arbres par des plus jeunes et créé des sentiers qui permettent aux prédateurs d’accéder facilement aux proies que sont les caribous. Afin de protéger le cervidé, il ne fait aucun doute que le travail industriel sur leur territoire devrait être considérablement réduit, selon M. Kerr.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré mardi que l’ultimatum de M. Guilbeault est un autre exemple de l’ingérence du gouvernement du premier ministre Justin Trudeau dans les domaines de compétence provinciale. Le Québec, a−t−il dit, a une commission indépendante sur la protection du caribou qui cherche à trouver un équilibre avec «la protection des emplois qui sont importants dans certaines régions du Québec».

Mais M. Kerr, Mme Plotkin et Mme Doré ont tous dit que les gouvernements successifs du Québec ont montré qu’ils ne sont pas disposés à prendre des mesures significatives à moins qu’on ne leur force la main.

«Le statu quo ne peut pas continuer si nous voulons avoir un avenir où la faune survive et se rétablisse, a conclu Mme Plotkin. Espérons que ce coup de semonce fédéral suscitera ces changements.»

— Avec des informations de Stéphane Blais à Saint−Jérôme.

Morgan Lowrie, La Presse Canadienne

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