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17 octobre 2021 - 15:00

Pénurie anticipé à court terme

Exode massif des médecins vers la retraite

Par La Presse Canadienne

Des milliers de médecins québécois s’apprêtent à troquer le stéthoscope pour le bâton de golf, dans un mouvement généralisé de départs à la retraite.

L’exode anticipé des médecins vieillissants est déjà commencé et va s’accentuer dans les mois et années qui viennent, rendant encore plus précaire l’accès à un médecin de famille, dont sont privés 20 % de Québécois. 

Dans ce contexte, tout indique que l’engagement pris par la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault en 2018 en vue de fournir un médecin de famille à tous les Québécois avant la fin du présent mandat figurera au tableau des promesses brisées.

Les chiffres parlent d’eux−mêmes. Au Québec, un médecin sur quatre a plus de 60 ans. On compte exactement 2322 médecins actifs âgés entre 60 et 65 ans, sans compter 3147 autres ayant plus de 65 ans. Selon les plus récentes statistiques du Collège des médecins, le Québec compte aussi 1281 médecins actifs septuagénaires et 164 octogénaires ou nonagénaires. 

Autant dire que pour bon nombre d’entre eux, la retraite, c’est pour demain. 

Ce départ massif, bien que difficile à quantifier avec précision, rendra la situation d’autant plus précaire qu’il surviendra alors qu’il manque déjà environ 1000 médecins de famille au Québec.

Chaque omnipraticien prend sous son aile entre 1000 et 2000 patients. Pas besoin d’être fort en calcul pour déduire que si des milliers de médecins quittent leur cabinet à court terme, le nombre de patients orphelins va exploser.

«On s’en va vers un mur»

Le Dr Louis Godin est très inquiet. «On s’en va vers un mur», a observé le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), disant juger la situation «vraiment difficile», en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, cette semaine.

Chaque fois que le Dr Godin se rend sur le terrain pour rencontrer ses membres, le refrain qu’on lui sert est invariablement le même: la retraite est toute proche. «C’est la première chose qu’ils me disent», note ce dernier, ne cachant pas sa «grande inquiétude», persuadé que le gouvernement Legault sous−estime l’ampleur de la pénurie qui guette le Québec avant longtemps et ses conséquences sur les patients.

À Québec, six des 25 médecins de la clinique Saint−Louis viennent d’annoncer leur départ à la retraite. Au moins 10 000 patients se sont retrouvés orphelins du jour au lendemain. Dans Bellechasse, après le départ à la retraite annoncé récemment de deux médecins de famille, 25 % de la population va se retrouver bredouille à court terme. En Nouvelle−Beauce, cinq médecins de famille viennent d’annoncer leur retraite l’an prochain, plongeant dans l’inquiétude des milliers de patients devenus orphelins. À Magog, la clinique médicale Memphré va fermer ses portes en 2022. Raison: quatre médecins partent à la retraite. 

Le scénario est en train de faire boule de neige partout au Québec, prévient le président de la FMOQ, risquant de faire «exploser» le guichet d’accès.

Et il ne faut pas croire que les collègues de tous ces nouveaux retraités, déjà surchargés, pourront adopter autant d’orphelins, qui devront donc grossir la liste d’attente déjà obèse du guichet d’accès à un médecin de famille.

800 000 orphelins

En trois ans à peine, loin de régresser, le nombre de patients orphelins, donc privés d’un médecin de famille, a doublé au Québec, passant de 400 000 en 2018 à 800 000 aujourd’hui.

La pénurie à venir de médecins de famille s’annonce particulièrement implacable à Montréal et Québec, où la moyenne d’âge des médecins est encore plus élevée qu’en régions.

Entre−temps, le gouvernement a revu à la baisse son engagement, visant désormais à faire grimper à 85 % d’ici 2023 la proportion de Québécois inscrits auprès d’un omnipraticien. Mais la barre actuelle de 80 %, soit environ 6,5 millions de Québécois, semble bien difficile à faire bouger. 

De plus, le fait de voir son nom figurer sur la liste de patients d’un médecin ne garantit d’aucune façon un accès privilégié et au moment désiré à ce professionnel de la santé. 

Le spectre de la loi 20

Pourtant, le problème du départ massif à la retraite des omnipraticiens aurait pu être évité, si les gouvernements avaient accepté plus tôt de s’y attaquer, selon le Dr Godin, qui est en poste depuis 2008.

Au lieu de cela, comme ses prédécesseurs, le gouvernement Legault «semble nier le problème», ressassant sans cesse un discours culpabilisant envers les médecins, les yeux rivés sur le taux de productivité, accentuant la pression pour qu’ils prennent en charge toujours plus de patients.

Or, les médecins de famille travaillent en moyenne 45 heures par semaine, corrige le Dr Godin, estimant que la situation s’est détériorée depuis l’adoption en 2015 de la loi 20 de l’ex−ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui menaçait les médecins de sanctions s’ils ne prenaient pas davantage de patients.

Le premier ministre Legault a adopté la même stratégie que le Dr Barrette, menaçant les médecins d’adopter une loi les forçant à prendre plus de patients, s’ils ne le faisaient pas d’eux−mêmes. Il a aussi brandi la menace de réactiver la loi 20 et de leur imposer des pénalités financières.  

Pendant ce temps, un phénomène qui existait déjà depuis des années s’est accentué depuis: les étudiants en médecine préfèrent acquérir une spécialité, plutôt que d’opter pour la médecine familiale, devenue la mal−aimée du système.

Ils optent à 45 % pour la médecine familiale, contre 55 % pour une spécialité. Or, il faudrait inverser cette proportion pour espérer rétablir l’équilibre.

En 2022, on prévoit accueillir 442 nouveaux médecins de famille. On est loin du compte pour combler les départs à la retraite prévus.   

«Il faut revaloriser la profession», conclut le Dr Godin, estimant qu’une sortie de crise passera nécessairement par un ajout de moyens et de ressources fournis aux médecins de famille.

Les universités québécoises accueillent chaque année 900 nouveaux étudiants en médecine. Le Québec compte actuellement 10 411 médecins de famille.

Jocelyne Richer, La Presse Canadienne

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