Selon une étude québécoise
La diversité et la modération dans l'alimentation seraient la clé pour bien vieillir
Une nouvelle étude réalisée entièrement au Québec jette un éclairage sans précédent sur l'association entre l'alimentation et le vieillissement, et ouvre des pistes pour mieux comprendre comment ce qu'on mange peut contribuer au « bien-vieillir ».
Essentiellement, résument les chercheurs, une alimentation à la fois diversifiée et modérée offre les meilleures chances de vieillir en santé.
«Ce type d'étude-là va permettre de creuser beaucoup plus profondément et d'avoir vraiment une vision plus spécifique de ce qui se passe avec notre corps en vieillissant et en lien avec l'alimentation», a résumé Pierrette Gaudreau, qui est professeure titulaire à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement.
Appuyés par des collègues australiens, des chercheurs issus notamment des universités Laval, de Sherbrooke et de Montréal, et de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, ont analysé des données provenant de 1 560 aînés âgés de 67 à 84 ans qui participaient à l'étude Nature. Tous étaient en bonne santé au début de l'étude et prenaient tout au plus de la médication pour des problèmes de santé courants.
Les participants ont été choisis au hasard entre novembre 2003 et juin 2005 dans les régions de Montréal, Laval et Sherbrooke. Ils ont été examinés chaque année pendant trois ans, puis suivis pendant quatre ans pour examiner l'impact de l'alimentation sur le processus de vieillissement.
De manière plus pointue, les chercheurs ont étudié certains marqueurs dans le sang des participants (comme, par exemple, la créatinine qui est un marqueur de la fonction rénale) et l'écart qui séparait les participants individuels de la moyenne de la cohorte. Des associations ont ensuite été établies avec l'alimentation des sujets, qu'il s'agisse de macronutriments comme les protéines, les sucres ou le gras, ou de micronutriments comme la vitamine C ou la vitamine E.
«On joue avec des ensembles de données qui sont très, très grands et ça demande des analyses statistiques très sophistiquées pour arriver à identifier de nouvelles associations entre ce que les personnes âgées peuvent manger et leur dérégulation au niveau physiologique tel que vu par des marqueurs», a expliqué Mme Gaudreau.
Elle cite en exemple la vitamine E, qui joue un rôle antioxydant très important dans l'organisme. Les chercheurs ont constaté que, chez les participants à l'étude, une consommation de vitamine E environ 1,5 fois supérieure à ce qui est recommandé par les organismes internationaux de santé avait «un effet bénéfique sur le bien-vieillir».
De même, consommer un peu plus de protéines ou de sucres que ce qui est recommandé n'avait pas d'effets délétères, pour autant que cela se fasse dans le contexte d'une alimentation saine et d'un mode de vie sain.
«Il faut retenir toute la nuance entre 'un peu plus' puis 'énormément plus', a souligné Mme Gaudreau. Une constatation de cette étude-là, c'est que quand on dévie de la normale pour notre âge ― quand on dévie un petit peu, mais qu'on reste dans des limites qui ne sont pas extrêmes ― même au niveau des macronutriments comme les protéines, les sucres et les lipides, on n'a pas d'effet dramatique.»
En revanche, poursuit-elle, si on tombe dans les extrêmes, «par exemple, si on mange beaucoup plus de sucre, ou vraiment pas assez, on a trouvé qu'il y avait des effets néfastes pour la dérégulation physiologique dans nos participants âgés».
«Ce qu'on a trouvé globalement, c'est que la diversité dans l'alimentation à l'échelle du repas et puis la modération ― on peut faire des petits excès un peu une fois de temps à autre ― mais ces deux facteurs-là combinés, donc diversité d'aliments et modération dans l'alimentation, ça fait en sorte qu'on a de bonnes chances de vivre plus en santé», a ajouté la chercheuse.
À un bout de l'échelle, a dit Mme Gaudreau, on retrouve des aînés qui, en plus d'être protégés par d'excellents gènes, ont des habitudes de vie exemplaires; à l'autre bout, on trouve les aînés qui ont été moins favorisés par la loterie génétique et dont le mode de vie laisse un peu à désirer.
«Et puis entre les deux, il y a une grande majorité des personnes âgées qui ont des gènes pas si pires et une alimentation pas si pire, a-t-elle dit. Alors si on peut influencer un petit peu sur le mode de vie et sur des facteurs qui sont des déterminants modifiables... Notre bagage génétique, on ne peut pas le modifier, mais les habitudes de vie, on peut le faire et on peut le faire à tout âge et ça a des effets bénéfiques à tout âge.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal BMC Biology.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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