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Étude de RECYC-QUÉBEC

Transition énergétique: des milliers de tonnes de nouveaux déchets à gérer

durée 08h00
24 novembre 2022
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne

La transition énergétique devrait permettre de réduire les gaz à effet de serre, mais elle entraînera également l’apparition de nouveaux types de déchets.

Dans une étude publiée mardi, RECYC-QUÉBEC souhaite stimuler la réflexion pour gérer de façon optimale les centaines de milliers de tonnes de nouveaux matériaux qui devront éventuellement être récupérés et valorisés.

Le Québec doit réfléchir dès maintenant aux stratégies d’économie circulaire qui seront utilisées pour gérer l’abondance de déchets, ou de matériaux en fin de vie, provoquée par la transition énergétique, selon RECYC-QUÉBEC.

L’étude Matériaux de la transition énergétique : État de la situation et pistes de solution souligne que la quantité de matériaux à gérer passerait d’un peu plus de 4000 tonnes en 2021 à 296 000 tonnes en 2050, soit environ 70 fois plus. D’ici 2030, c’est environ 142 000 tonnes de matériaux qui proviendront des secteurs de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire, de l’hydrogène vert et de la mobilité électrique.

«Si on aborde la transition énergétique, écologique avec la mentalité de l'économie linéaire, c’est-à-dire qu’on met en marché, on utilise et on jette, alors on s'éloigne de notre objectif», a souligné la présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Il faut que la ressource qu’on utilise devienne un déchet le plus tard possible et lorsqu'elle en est un, il faut trouver comment on en dispose, donc il faut y réfléchir dès maintenant et en y pensant à l’avance, on a le temps de développer des solutions qui sont acceptables, locales, en en boucle courte», a ajouté Sonia Gagné.

La «boucle courte» est une stratégie de l’économie circulaire qui vise à privilégier les marchés locaux pour réutiliser, réparer, rénover ou encore recycler un produit pour que son cycle de vie soit le plus long possible.

À l’inverse, la gestion des matières en boucle longue va privilégier l’exportation de produits en fin de vie à l’étranger, comme c’est le cas pour de grandes quantités de déchets, comme certains plastiques que l’on charge sur des bateaux vers des pays asiatiques, en ignorant parfois s’ils seront brûlés, recyclés ou enfouis.

Selon l’étude de RECYC-QUÉBEC, les deux secteurs où il y aura davantage de matériaux à gérer en 2050 sont l’éolien (environ 49 % des 296 000 tonnes) et la mobilité électrique (environ 47 %).

Recycler les éoliennes : un défi de taille
Si on considère que la durée de vie moyenne d’une éolienne est entre 20 et 25 ans, une quantité importante de celles installées dans les premiers parcs éoliens du Québec au début des années 2000 arriveront en fin de vie dans les prochaines années.

RECYC-QUÉBEC souligne que les principaux freins et enjeux pour le recyclage des éoliennes sont reliés aux pales, car elles sont composées de matériaux composites plus difficilement recyclables. 

Actuellement au Québec, les pales d’éoliennes sont envoyées au lieu d’enfouissement technique (LET) le plus proche, elles ne sont donc ni réutilisées ni recyclées. 

Utiliser les pales en fin de vie comme combustible dans les cimenteries, comme c’est le cas dans certains pays européens ne représente pas non plus une solution écologique en raison du CO2 émis par leur combustion.

Prolonger la vie utile des pales d’éoliennes est un défi de taille, car leur imposante dimension nécessite de les découper avant de les transporter ou bien de recourir à un transport particulier, ce qui «augmente significativement les coûts associés à leur logistique, limitant ainsi les possibilités d’atteindre des sites ayant la capacité de les recycler», souligne l’étude de RECYC-QUÉBEC. 

«Lorsque les pales arrivent en fin de vie, ce sont de grandes quantités qui sont générées en peu de temps, engorgeant potentiellement les filières de traitement», peut-on lire dans l’étude.

Aux Pays-Bas et au Danemark, certaines pales d’éoliennes en fin de vie font partie du mobilier urbain, elles sont utilisées comme abri à vélo, transformées en banc public ou encore en aire de jeux pour enfant dans les parcs. 

Mais l’intégration de pales d’éoliennes dans le mobilier urbain est une solution qui présente des limites, en raison de la très grande quantité d’éoliennes qui devront être gérées.

L’étude de RECYC-QUÉBEC souligne que la valorisation des pales d’éoliennes fait l’objet d’un projet de recherche de Synergie Matanie, en association avec le Groupe Bouffard et l’Université de Sherbrooke, qui vise à «intégrer des résidus de pales, constitués à 75 % de fibre de verre, dans un mélange de béton».

«C'est un projet à petite échelle qui sert à évaluer des pistes de solutions», a souligné la présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC, Sonia Gagné.

Mais pour la présidente de RECYC-QUÉBEC, une grande partie de la solution à la gestion des matériaux provenant de la transition énergétique repose sur l’écoconception.

Sonia Gagné suggère que ce principe, qui consiste à intégrer la protection de l'environnement dès la conception d’un produit, devrait être pris en compte dans les appels d’offres.

Parmi les freins à la bonne gestion des matériaux de la transition, le rapport de RECYC-QUÉBEC mentionne également qu'au Québec «il n’existe pas d’incitatifs pour les fabricants ou d’obligation de recyclabilité poussant les fabricants à écoconcevoir les composantes d’éoliennes».

Il est pourtant possible de fabriquer des pales d’éoliennes avec des matières recyclables; l’étude de RECYC-QUÉBEC rapporte par exemple que Siemens Gamesa a lancé la première pale entièrement recyclable dans une usine au Danemark en 2021 et que le projet Dreamwind de Vestas, en Suède, a pour objectif de mettre au point des matériaux composites recyclables pour les pales. 

Selon la Commission européenne, 80 % des impacts et 70 % des coûts environnementaux et sociaux des produits et services peuvent être déterminés au cours de la conception.

Batteries et bornes : 20 fois plus de matériaux
En 2050, les bornes et les batteries du secteur du transport électrique devraient générer 20 fois plus de matériaux qu’actuellement, environ l’équivalent du secteur de l’éolien selon RECYC-QUÉBEC.

Parmi les 296 000 tonnes de matériaux produits par la transition énergétique et qui devront être revalorisés en 2050, RECYC-QUÉBEC a identifié du béton, de l’aluminium, des métaux ferreux, ainsi que divers minéraux critiques et stratégiques.

L’économie circulaire et la mise en place de stratégies d’écoconception, dans une perspective de réduction à la source, représentent la clé pour assurer la gestion durable des matériaux de la transition énergétique selon l’étude.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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