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Correction d'une tachycardie ventriculaire

Une délicate intervention a été filmée en 3D à l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal

durée 18h00
27 juillet 2023
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne

Une délicate intervention cardiaque a été filmée en trois dimensions à l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal plus tôt cette semaine, dans le but de créer un environnement de réalité virtuelle qui servira dans un premier temps à la formation, mais qui pourrait aussi un jour permettre de prodiguer des conseils à distance.

Lors de cet événement auquel La Presse Canadienne avait été conviée en exclusivité, des techniciens de la firme Abbott étaient sur place pour filmer l'intervention dirigée par l'électrophysiologiste cardiaque Alexios Hadjis pour corriger une tachycardie ventriculaire chez un patient de 67 ans.

En termes de difficulté et de complexité, a dit le docteur Hadjis quelques minutes avant d'aller retrouver son patient, «je dirais que c'est un 8 ou un 9, c'est certain» sur une échelle de 1 à 10.

Il est apparemment modeste: une collègue nous confiera après son départ qu'elle imagine difficilement une intervention plus complexe que celle qui les attend ce matin-là.

La tachycardie ventriculaire est une arythmie cardiaque potentiellement mortelle qui survient quand une zone endommagée du cœur provoque des battements anormalement rapides en interférant avec le courant électrique dont dépend l'organe.

Dans ce cas-ci, ce sont les séquelles d'un infarctus survenu il y a plusieurs années qui sont revenues hanter le patient plus tôt cette année. Le patient est protégé par un défibrillateur qui l'empêche de mourir subitement, a expliqué le docteur Hadjis, mais l'intervention a comme objectif de lui éviter des chocs répétés.

L'intervention qui vise à neutraliser la zone problématique en la «brûlant» est débutée depuis près de 90 minutes quand les représentants de La Presse Canadienne entrent dans la petite salle de contrôle adjacente à la salle où le docteur Hadjis et son équipe s'activent autour du patient endormi. La caméra à 360 degrés d'Abbott, de la taille d'une boule de quilles et juchée sur un trépied, filme tout ce qui se passe.

Il y a suffisamment d'écrans dans ces deux salles pour faire pâlir d'envie un «gamer» invétéré. Plusieurs d'entre eux montrent l'intérieur du ventricule gauche du patient, que le docteur Hadjis est en train de cartographier à l'aide d'un cathéter inséré dans l'aine et faufilé jusqu'au cœur.

Au fur et à mesure qu'il déplace son instrument, des zones de couleur apparaissent sur le ventricule: les blanches laissent passer le courant normalement, les jaunes et les vertes et les rouges sont plus problématiques, et les violettes sont celles dont on doit se préoccuper aujourd'hui puisque c'est là qu'on retrouvera la zone endommagée qui doit être détruite pour améliorer la qualité de vie du patient.

La guide

Judith Bérubé, l'infirmière-chef de l'unité coronarienne, d'hémodynamie et d'électrophysiologie de Sacré-Cœur, nous sert de guide dans cet environnement digne d'un vaisseau spatial, vulgarisant les événements comme un analyste lors d'un match de football.

Elle attire notre attention vers un écran qui montre que la pression du patient vient de chuter. C'est un peu bas, dit-elle, mais ça reste compatible avec la vie. Tant mieux.

Quelques minutes plus tard, le même écran s'affole et prévient que le patient est maintenant en arrêt cardiaque. Mais l'écran est vraiment le seul à s'affoler; les humains, eux, ne bronchent même pas. Avec seulement quelques clics rapides sur son clavier, la technicienne en électrophysiologie Isabelle Bouchard, la seule de tout l'hôpital, a envoyé au cœur du patient le choc dont il avait besoin pour redémarrer, et c'est reparti.

Alors, Mme Bouchard vient de sauver la vie du patient? «Oui», répond calmement Mme Bérubé. Ses yeux, au-dessus de son masque, brillent de fierté.

Le travail est minutieux et les progrès, millimétriques. L'équipe identifie éventuellement la zone problématique qui doit être neutralisée. Le docteur Hadjis commence à détruire les tissus endommagés.

Sur l'écran de Mme Bouchard, la différence est immanquable, même à nos yeux néophytes: à gauche, l'électrocardiogramme est un vrai gribouillis, signe que le cœur est secoué par une crise de tachycardie; à droite, immédiatement après l'intervention du docteur Hadjis, le tracé est rentré dans l'ordre.

Formation et assistance

Le docteur Hadjis compte parmi les seuls médecins canadiens formés pour corriger une tachycardie ventriculaire, et il sillonne le pays.

Il s'est ainsi récemment rendu à Terre-Neuve pour procéder à une intervention ― un long voyage pour une procédure de quatre ou cinq heures, ce qui représente une utilisation plus ou moins optimale de son temps.

La captation réalisée par Abbott à Sacré-Cœur devrait faciliter la formation de nouveaux spécialistes, au Canada et à travers le monde, en leur permettant d'entrer virtuellement dans le laboratoire d'électrophysiologie de l'hôpital.

Ils n'auront qu'à enfiler un casque de réalité virtuelle pour voir tout ce que le docteur Hadjis et son équipe ont vu au moment de l'enregistrement, et surtout pour apprendre la technique d'ablation qu'ils utilisent pour régler la tachycardie ventriculaire.

«Éventuellement on espère développer le programme pour que je puisse aider mes collègues à des sites un peu plus éloignés», a expliqué le docteur Hadjis.

Dans le laboratoire d'électrophysiologie, la procédure tire à sa fin. Le tout s'est tellement bien déroulé que l'équipe, après une consultation rapide, décide d'opérer un deuxième patient en après-midi, un homme de 70 ans qui s'est rendu à l'hôpital ― et qui patiente, à jeun, depuis le matin ― en se croisant les doigts qu'on ait une place pour lui.

Sa patience est sur le point d'être récompensée.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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