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Pour contre l’anglicisation du milieu

L'intelligence artificielle à la rescousse du français dans les universités

L'intelligence artificielle à la rescousse du français dans les universités
Photo: La Presse Canadienne
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Les logiciels d’intelligence artificielle de traduction peuvent venir freiner l’anglicisation du milieu universitaire, affirme le commissaire à la langue française Benoît Dubreuil. Il veut maintenant que les universités québécoises agissent pour conscientiser les étudiants et les chercheurs à ces outils. 

L’anglais est omniprésent dans le milieu académique – qu’on pense aux articles scientifiques, aux colloques ou encore dans l’enseignement – et cela est un frein pour des chercheurs qui ne parlent que le français. 

«C'est plus de la moitié des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat qui sont rédigés en anglais au Québec. (...) Les chercheurs qui ne parlent pas anglais sont victimes d'iniquités», affirme M. Dubreuil. 

Par exemple, ils prendront plus de temps pour lire ou écrire un texte. Également, ces chercheurs ont moins de chances que leurs collègues anglophones de voir leurs articles publiés ou encore cités. 

Cela fait en sorte qu’on manque de mots pour décrire la réalité dans certains secteurs scientifiques. «Il y a des domaines dans lesquels on ne publie plus en français depuis des décennies», dit Benoît Dubreuil. 

Le commissaire à la langue française soutient que les logiciels de traduction automatique peuvent être des outils pour atténuer les effets négatifs de l'omniprésence de l’anglais dans les sciences. 

Pour illustrer son idée, il se prend lui-même en exemple. Après avoir fait sa thèse en français, il décide de la traduire en anglais; un travail qui lui prendra six mois. 

«Et le résultat n’était pas très bon. (...) Aujourd'hui, je mettrais ça dans un traducteur automatique et en une minute j'aurais la thèse traduite et elle serait de meilleure qualité», soutient-il. 

«Il faut éduquer les jeunes»

Il veut maintenant que les universités jouent un rôle pour conscientiser les étudiants aux logiciels de traduction. 

«Il faut éduquer les jeunes au bac, à la maîtrise et au doctorat pour qu'ils comprennent les forces et les faiblesses de ces outils», dit M. Dubreuil. 

Toutefois, la révision des textes après la traduction par un humain est nécessaire. Les logiciels ne sont pas encore totalement au point et ils ont besoin de se pratiquer avec des textes de qualité afin de produire de meilleures traductions. Il propose donc la création d’un corpus de textes qui servirait justement à l'entraînement des logiciels. 

Le commissaire soutient également que de bonnes pratiques doivent être mises en place pour faire une place plus importante au français dans les événements scientifiques. «On peut traduire les présentations, ou avoir de la transcription automatique», suggère-t-il. 

Benoît Dubreuil affirme qu’il faut aussi s’attaquer aux droits d’auteur. Actuellement, un chercheur francophone qui publie un texte en anglais ne peut pas le traduire en français, car il n’a plus les droits. 

«Il faut faire pression à l'international sur les cinq ou six gros éditeurs scientifiques pour qu'ils modifient leurs pratiques», lance-t-il. 

Le commissaire a déjà le regard tourné vers l’avenir. «Ça va être de plus en plus possible pour une personne qui parle une seule langue d'avoir accès à toute la documentation spécialisée», assure Benoît Dubreuil. 

Thomas Laberge, La Presse Canadienne

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