Il est en cours de développement à l'Université Laval
Un vaccin développé au Québec pourrait protéger les enfants de trois maladies
Un vaccin en cours de développement par une équipe de l'Université Laval pourrait un jour protéger les tout-petits de trois maladies différentes, dont le redoutable virus respiratoire syncytial (VRS).
Il s'agirait du tout premier vaccin contre les virus respiratoires pour les enfants de six mois à cinq ans.
«En ce moment, il faut savoir qu'il n'y a pas de vaccins qui sont approuvés pour ces pathologies-là chez les jeunes enfants», a rappelé le docteur Guy Boivin, qui est médecin clinicien enseignant à la Faculté de médecine de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.
«Pour le (VRS), il y a des vaccins qui sont approuvés pour les personnes âgées, mais pas pour les jeunes enfants.»
Conséquemment, a-t-il ajouté, depuis un an ou deux, on donne aux bébés qui naissent à l'hiver ou au printemps des anticorps pour les protéger du VRS, mais cette protection dure tout au plus six mois. «Donc c'est là qu'il faut vacciner, et si possible, vacciner pour une longue période, parce qu'on ne veut pas devoir vacciner chaque année, par exemple, comme on le fait pour l'influenza», a expliqué le docteur Boivin.
Ses collègues et lui ont tout d'abord développé un vaccin dit «bivalent» pour protéger les enfants du métapneumovirus humain et du virus respiratoire syncytial, qui causent chaque année de nombreuses bronchiolites et pneumonies chez les tout-petits.
Puis, cette année, ils ont réussi à incorporer les protéines d'un troisième virus, ce qui en fait maintenant un vaccin «trivalent».
Lors de tests chez la souris, le vaccin expérimental a provoqué une forte production d'anticorps en plus de bloquer la multiplication du virus dans les poumons. Ce vaccin, a assuré le docteur Boivin, «couvre 95 % des causes de bronchiolite (...) et au-delà de 80 % des causes de mortalité pour la pneumonie chez les jeunes enfants».
Une étude indépendante menée par les Instituts nationaux de la santé aux États-Unis avec le rat des cotonniers a abouti aux mêmes résultats.
«On a eu de très bons résultats, a dit le docteur Boivin. On n'a détecté aucun virus dans les poumons après l'immunisation, suivi d'un "challenge" par une quantité de virus importante, donc on est très, très contents.»
La plateforme vaccinale développée par les chercheurs québécois repose sur une souche du métapneumovirus humain qui a été modifiée pour retirer le gène associé à une inflammation importante chez les jeunes enfants qui l'attrapent, ce qu'on appelle un «virus atténué».
L'équipe a ensuite ajouté à cette plateforme la protéine de surface du VRS, la principale cause de pneumonie et de bronchiolite chez les jeunes enfants, puis les protéines d'un troisième virus.
Le vaccin en cours d'élaboration a l'avantage de pouvoir être administré par le nez. Non seulement cette méthode permet-elle d'éviter les aiguilles, mais on espère qu'elle permettra de développer une immunité directement dans le nez, de manière à intercepter et neutraliser les virus dès qu'ils cognent à la porte d'entrée.
«Ça fait un mur, a illustré le docteur Boivin. C'est une barrière à l'entrée du virus parce qu'il rentre par le nez. Donc, après la vaccination, les virus ne seront pas capables de pénétrer de façon adéquate en raison de cette barrière-là qui aura été construite, si on peut dire, par la vaccination.»
Le développement de nouveaux vaccins contre les virus respiratoires muqueux reste un défi majeur, «malgré les efforts considérables déployés dans ce domaine», écrivent les auteurs de l'étude.
Le candidat vaccin qu'ils ont développé, ajoutent-ils, «pourrait constituer une nouvelle option prometteuse pour protéger les enfants, les jeunes adultes à risque et les personnes âgées qui ont besoin de stratégies spécifiques appropriées en termes de réponse vaccinale, de calendrier et de schéma thérapeutique».
L'équipe du docteur Boivin entend vérifier si le vaccin pourrait être utile à des populations autres que les jeunes enfants, mais le chercheur précise d'emblée que le produit ne serait pas approprié pour les personnes immunosupprimées ou les femmes enceintes pour qui même un virus atténué pourrait être dangereux.
Les conclusions de la nouvelle étude ont été publiées par le journal npj vaccines.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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