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Organisation internationale de la Francophonie

Rapport de l'OIF: le français «à un tournant stratégique de son histoire»

Rapport de l'OIF: le français «à un tournant stratégique de son histoire»
Photo: La Presse Canadienne, 2026
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La survie du français dépendra largement des investissements en Afrique et de la capacité des pays de la Francophonie à s'imposer dans l'univers du numérique et de l'intelligence artificielle.

Voilà l'une des principales conclusions du rapport «La langue française dans le monde 2023-2026» de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) rendu public lundi.

Il s'agit de la sixième édition de ce rapport, préparé par l'Observatoire de la langue française. Il paraît à huit mois du 20e Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Phnom Penh, au Cambodge.

Avec ses 396 millions de locuteurs, le français est la quatrième langue la plus parlée au monde après l'anglais, le mandarin et l'espagnol, or il risque d'être perçu comme «un héritage colonial figé» si rien n'est fait.

«Le français conserve une forte légitimité dans la diplomatie, le droit international. (...) Sa force réside dans la littérature, la philosophie, les arts, la gastronomie, la mode et le cinéma d'auteur.

«Toutefois, sa position se fragilise dans les sciences exactes, les nouvelles technologies et l'enseignement supérieur à cause de l'hégémonie de l'anglais», prévient-on dans le rapport de 209 pages.

Pour que le français se maintienne, il devra y avoir des «investissements massifs» en Afrique, là où il y a une forte croissance démographique, mais où il manque «cruellement d'enseignants», selon l'OIF.

D'ailleurs, l'organisation souligne qu'en 2050, «le destin du français ne se lira plus depuis Paris».

«Plus qu'ailleurs, c'est dans les écoles d'Afrique que se joue sans doute l'avenir de la francophonie», souligne-t-on à grands traits, en déplorant au passage «une érosion (...) des moyens investis par la France».

Par ailleurs, la «découvrabilité» des contenus francophones en ligne constitue un autre enjeu «décisif», alors que la jeunesse utilise de plus en plus l'anglais, notamment comme langue de socialisation.

«La Francophonie se trouve à un tournant stratégique de son histoire. (...) La survie d'une langue passe désormais aussi par son adaptation aux algorithmes», signale-t-on.

La découvrabilité d'un contenu se réfère à sa disponibilité en ligne et à sa capacité d'être repéré parmi un vaste ensemble d'autres contenus.

Selon l'OIF, on devra notamment développer un «écosystème numérique» avec des plateformes éducatives, des moteurs de recherche et de l'intelligence artificielle nourrie de corpus francophones.

Définition de «francophone» élargie

Qu'est-ce qu'un «francophone»? L'OIF admet avoir à nouveau élargi sa définition pour y inclure désormais les 6 à 9 ans scolarisés en français.

Elle explique aussi avoir changé sa méthode de recensement pour prendre en compte davantage d'indicateurs.

«En somme, la hausse des chiffres tient autant à une meilleure collecte de données qu'à une réelle progression de l'usage de la langue», reconnaît-elle.

Cette nouvelle approche «a aussi conduit parfois à revoir à la baisse le nombre de francophones dans certains pays», comme l'Arménie et le Cambodge, précise toutefois l'organisation.

Le Cambodge est membre à part entière de l'OIF, or seulement 0,16 % de sa population est francophone, selon les plus récents chiffres publiés lundi.

Seuls l'Ukraine, le Costa Rica et le Mexique, des membres observateurs de l'OIF, font pire, comptant 0,1 %, 0,1 % et 0,02 % de locuteurs francophones respectivement.

Lors des 79e et 80e assemblées générales des Nations unies, tenues à New York en 2024 et 2025, seulement 24 des 83 États membres de l'OIF présents se sont exprimés en français à l'oral.

Pourtant, ils avaient signé la Déclaration de Djerba en 2022, dans laquelle ils s'engageaient «à (s)'exprimer, à l'écrit comme à l'oral, en français» lors de forums internationaux.

Le Rwanda, pays d'origine de la secrétaire générale de l'OIF, Louise Mushikiwabo, fait piètre figure: «Domination de l'anglais dans les communications officielles», peut-on lire dans le rapport publié lundi.

Quoi qu'il en soit, l'OIF affirme valoriser l'ouverture, l'inclusivité et la «diversité linguistique» et vouloir une «francophonie régénératrice». Elle rejette «le mythe de la pureté et de l'homogénéité».

«Être francophone en 2050, ce ne sera donc pas seulement manier une syntaxe correcte. (...) Ce sera alterner entre langues locales, langues régionales et français, selon la situation», explique-t-elle.

Caroline Plante, La Presse Canadienne

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