Prévention et réadaptation cardiovasculaire
Des plaques d'athérosclérose sont présentes dès 30 ou 40 ans, dit une étude
L'athérosclérose peut apparaître au début de l'âge adulte et rester asymptomatique pendant des décennies avant que les maladies cardiovasculaires ne se manifestent, prévient une étude publiée par la revue médicale la plus prestigieuse de la planète, le New England Journal of Medicine.
Les auteurs ont ainsi détecté, à l'examen de quelque 17 000 sujets, des plaques d'athérome, même chez leurs participants les plus jeunes, ceux âgés de 18 à 29 ans. La prévalence de ces plaques et leur répartition dans l'organisme augmentaient ensuite avec l'âge.
«L'étude essaie de répondre à la question de savoir quand commence l'athérosclérose, a commenté le docteur Josep Iglesies-Grau, qui est cardiologue en prévention et réadaptation cardiovasculaire à l'Institut de cardiologie de Montréal. On veut savoir quels sont les facteurs qui sont associés au début de l'athérosclérose.»
L'athérosclérose se caractérise par l'accumulation de plaques de graisse et de cholestérol sur la paroi interne des artères, ce qui les rigidifie et réduit la circulation sanguine. La rupture d'une plaque peut créer un caillot qui causera ensuite, par exemple, un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral en obstruant une artère.
L'étude a été menée auprès de sujets espagnols et danois. L'athérosclérose silencieuse a été évaluée au début de l'étude à l'aide d'une échographie vasculaire tridimensionnelle des artères carotides et fémorales, ainsi que d'une angiographie coronarienne par tomodensitométrie.
Globalement, une «athérosclérose silencieuse» ― à savoir, une athérosclérose sans manifestation clinique ― était présente chez 57 % des sujets.
«C'est énorme, a dit le docteur Iglesies-Grau. Imaginez quelqu'un de 40 ans. On suppose que la personne est en santé. Mais 30 % des femmes et presque 50 % des hommes ont déjà des plaques. Personnellement, si j'ai 40 ans et qu'on me détecte des plaques, ça va me faire réagir.»
Chez les participants des tranches d'âge les plus jeunes, «l'athérosclérose était le plus souvent périphérique et limitée à un seul territoire vasculaire», rapportent les auteurs. Avec l'âge, le volume des plaques augmentait «de manière exponentielle et la prévalence d'une atteinte multi-artérielle devenait plus fréquente», ajoutent-ils.
Une athérosclérose silencieuse a été détectée chez 8,7 % des hommes et 6,7 % des femmes âgées de 18 à 29 ans. Ces pourcentages bondissent à 34,6 % des hommes et 21,3 % des femmes dans le groupe d'âge 30-39 ans. La présence de plaques d'athérome grimpe ensuite en flèche dans les groupes subséquents.
«Étant donné que l’athérosclérose silencieuse est un facteur prédictif d’événements ischémiques et de décès, indépendamment des facteurs de risque traditionnels, son dépistage chez les jeunes adultes pourrait permettre d’identifier une population présentant un risque accru à long terme, à un stade où les bénéfices de la prise en charge des facteurs de risque semblent les plus importants», écrivent les auteurs.
À l'autre bout du spectre, parmi les participants âgés de 60 à 70 ans, seuls 1,9 % des hommes et 8,1 % des femmes ne présentaient aucune plaque détectée dans aucune des zones examinées.
Les chercheurs rapportent avoir «observé que le volume des plaques augmentait plus fortement avec l’âge chez les hommes, bien que les différences entre les sexes concernant les facteurs de risque cardiovasculaires soient plus prononcées chez les jeunes que chez les personnes d’âge plus avancé».
«Ce paradoxe apparent pourrait refléter les effets cumulatifs plutôt que transversaux de l’exposition aux risques cardiovasculaires. Des mécanismes biologiques liés au sexe pourraient également jouer un rôle», écrivent-ils.
Cette étude représente un «changement de paradigme», selon le docteur Iglesies-Grau, par rapport aux scores de risque qui sont actuellement utilisés pour identifier les patients chez qui il faut intensifier le traitement ou la prévention.
«Si un jour, au lieu d'utiliser un score de risque, on utilise la présence réelle de plaque chez un participant X, on peut faire de la médecine personnalisée, a-t-il dit. Chez ces patients, on peut intensifier le traitement indépendamment du risque estimé avec une calculatrice. Et c'est exactement ça que cette étude essaie de faire.»
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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