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Étude de l'Observatoire québécois des inégalités

La crise du logement représente une perte de 4,2 milliards pour l'économie québécoise

durée 09h00
17 septembre 2025
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Par La Presse Canadienne

La crise du logement a coûté 4,2 milliards $ à l’économie québécoise en 2021.

L’Observatoire québécois des inégalités rend public ce mercredi le premier volet d’une vaste étude menée avec plusieurs directions de santé publique intitulée «La facture collective de la crise du logement au Québec», dont les résultats ont de quoi faire réfléchir.

Ce chiffre de 4,2 milliards $ représente l’argent que les ménages qui dépensent 30 % ou plus de leur revenu brut ne peuvent injecter dans l’économie en le consacrant à d’autres dépenses. Et le nombre de ménages qui sont dans cette situation au Québec est effarant: une analyse fine des données croisées de l’Enquête canadienne sur le logement de 2021 et de l’Enquête sur les dépenses des ménages de 2019 en arrive à la conclusion que plus de 510 000 ménages québécois consacraient 30 % ou plus de leur revenu total aux frais de logement en 2021, soit près d’un ménage sur six.

Probablement pire en 2025

En plus, ce portrait n’est pas à jour puisqu’il s’agit de données de 2021, explique Ferdaous Roussafi, économiste à l’Observatoire et auteure principale de l’étude, en entrevue avec La Presse Canadienne. «Avec la montée des loyers des dernières années, on présume que ce nombre a augmenté entre 2021 et 2025.»

Cette présomption est sans doute justifiée à la lumière des données sur les loyers dévoilées la semaine dernière par Rentals.ca qui font état d’une augmentation moyenne des loyers de 15,8 % au cours des trois dernières années au Québec.

Bien que les locataires soient les plus nombreux dans ce groupe, on parle aussi de propriétaires dans cette situation de «dépassement du seuil d’abordabilité». Comme on pouvait s’y attendre, ce fardeau pèse surtout sur les ménages à faibles revenus, alors que 40 % de la population ayant les revenus les plus bas, soit moins de 38 000 $ par année, assument 70 % de l’imposante facture de 4,2 milliards $.

«Ces ménages vulnérables assument un fardeau disproportionné pour se loger par rapport à leurs autres dépenses», illustre Mme Roussafi.

Trop de logements chers... vacants

L’étude montre par ailleurs que les pertes atteignent aussi les locateurs. Par exemple, dans les seules régions métropolitaines de Montréal et de Gatineau, les chercheurs ont recensé près de 3000 logements inabordables (ceux ayant un loyer mensuel de plus de 1700 $) vacants en 2024. Il s’agit là d’une perte économique de plus de 41 millions $ qui démontre que l’on ne construit pas ce dont le marché a besoin. «La demande est plus forte pour les loyers abordables, dont le taux d'inoccupation est très, très, très faible, qui avoisine le 0 %. Donc oui, les investissements sont orientés là où la demande est vraiment moins forte

Certes, Québec a bonifié ses programmes d’aide, investissant 204 millions $ dans l’Allocation-logement et 140 millions $ dans le Supplément au loyer en 2024, un soulagement pour les locataires dépassés, mais aussi une pression financière additionnelle sur les finances publiques. «Ce sont des mesures temporaires pour pallier la crise et non pas pour la résoudre, note Ferdaous Roussafi, mais ce ne sont pas des mesures structurelles. En période de crise, ces investissements demeurent très importants, mais une bonne part pourrait être évitable s'il y avait des solutions structurelles comme l'augmentation de l'offre de logements sociaux ou la diversification et la protection de l'abordabilité du parc résidentiel locatif.»

«Un investissement, pas une dépense»

«Il faut voir le logement comme un investissement de société et non pas comme une dépense», plaide la docteure Mylène Drouin, directrice de la santé publique de la région de Montréal. Prenant l’exemple de plusieurs pays européens, notamment le Danemark ou l’Autriche, «leur modèle montre que c'est rentable d'investir dans le logement social et communautaire, et on finit par globalement rembourser notre investissement de départ, parce que ça coûte tellement cher de ne pas loger les gens adéquatement», explique-t-elle, justifiant du coup l’intervention de la santé publique dans ce dossier.

«Le logement est probablement un des déterminants de la santé les plus importants et les plus fondamentaux en termes d'impacts multiples sur la santé et le bien-être des populations. Et aussi sur les inégalités sociales de santé», poursuit-elle.

Coût de santé important

«Mal loger les gens coûte extrêmement cher en soins de santé», souligne-t-elle, pointant notamment des effets négatifs sur le développement de l'enfant, la violence domestique, la santé mentale, la santé physique des personnes vivant dans des logements trop petits, insalubres ou mal isolés. Ultimement, l’inabordabilité peut mener à l’itinérance, dont les coûts sociaux sont très lourds.

«Une des répercussions, poursuit la Dre Drouin, ce sont des gens qui doivent amputer sur l'épicerie, évidemment. Maintenant, dans les banques alimentaires, on nous dit que les visages ont complètement changé. On a des gens qui ont un ou deux emplois, puis qui doivent tout de même aller dans les banques alimentaires.»

La liste des coûts associés à la crise du logement s’allonge lorsqu’on y ajoute l’exil, ajoute Ferdaous Roussafi. «L'inabordabilité peut pousser les gens à s'installer en périphérie», dit-elle, notant que les données du recensement montrent que 8 % des personnes qui ont déménagé en 2021 l’ont fait pour réduire le coût du logement. Conséquence? L’éloignement domicile-travail peut entraîner des effets négatifs sur la qualité de vie, une hausse des coûts de transport ainsi que des impacts environnementaux et sur l’usure des infrastructures routières.

Dans toutes les régions

Et on ne parle pas que des régions urbaines, souligne Mylène Drouin. «Depuis quelques années, toutes les régions sont touchées, des fois avec des problématiques qui se vivent un peu différemment, mais le fait que les gens, avec l'étalement urbain, doivent aller beaucoup plus loin pour essayer de trouver quelque chose qui répond à leurs besoins, c'est quelque chose qui se vit dans toutes les régions. On le voit aussi sur la problématique de l'itinérance, qui est clairement liée à cette crise-là et qui, maintenant, n'est plus un phénomène uniquement montréalais.»

Ce premier volet portant sur l’impact de la crise du logement sur la prospérité économique sera suivi de plusieurs autres pour dégager des données probantes sur ce que l’on sait déjà intuitivement, affirme Mme Roussafi. «Il nous reste à mesurer les coûts réels en termes de santé, d'itinérance, de violence domestique ou en lien avec la performance scolaire, la consommation énergétique des logements de mauvaise qualité et ainsi de suite.»

Le dernier volet consistera à offrir des pistes de solutions qui passeront, espère Mylène Drouin, par une reconnaissance claire du droit au logement, l’aménagement de logements sociaux et communautaires, la protection d’un parc immobiliser abordable et un frein à la spéculation qui pousse sans cesse les loyers à la hausse. «Ce serait un beau projet de société. On l'a fait pour l'éducation dans les années 70, on l'avait fait pour les CPE plus tard. Peut-être que là on est rendu à un projet de société sur le volet du logement pour tous.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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