Un proche aidant sur trois évite de révéler sa situation
Hausse des proches aidants en emploi: quel est le rôle des employeurs?
Par La Presse Canadienne
Dans les prochaines années, de plus en plus de proches aidants seront en emploi au Québec. Or, on apprend dans un sondage Léger publié mardi qu'une personne proche aidante sur trois évite de révéler sa situation au travail, dont la moitié par crainte de jugement ou de perte d'opportunités. Comment les employeurs peuvent-ils mieux soutenir leurs employés proches aidants?
Près de la moitié des personnes proches aidantes occupent un emploi à temps plein présentement au Québec. Ce taux est appelé à croître, explique en entrevue Loriane Estienne, directrice générale de Proche aidance Québec. D'abord, ça fait maintenant cinq ans que le Québec a adopté la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes, ce qui les a aidées à se reconnaître comme telles.
«Et dans le contexte du vieillissement de la population au Québec, on a aussi nécessairement une augmentation du nombre de personnes proches aidantes en cours et à venir, ce qui fait qu'on va se retrouver de plus en plus confronté à des situations de proche aidance en emploi», ajoute Mme Estienne.
Les données du sondage Léger montrent qu'actuellement la majorité (60 %) des proches aidants consacrent entre une et quatre heures par semaine à ce rôle; 22 % de cinq à neuf heures; 10 % de dix à 19 heures; et 8 % 20 heures et plus.
Les statistiques démontrent qu'il y a davantage de femmes proches aidantes, mais encore plus lorsque le nombre d'heures investies est élevé. Lorsqu'on y consacre plus de 20 heures par semaine, on remarque que ce seront encore plus les femmes qui ont ce rôle, pointe Mme Estienne.
Continuer à travailler pour décrocher
Le rôle de proche aidant apporte un stress de façon générale, mais encore plus lorsque la personne est en situation d'emploi. Celle-ci peut avoir peur de perdre son emploi ou de voir son nombre d'heures travaillées diminuer s'il n'y a pas de mesures de conciliation en place.
«S'il y a une réduction des heures de travail qui est envisagée, mais que rien n'est prévu pour concilier ou pour aider, même temporairement, pour la personne, il y a un risque d'appauvrissement et éventuellement de précarisation financière. Ça, c'est aussi un stress», fait ressortir Mme Estienne.
De plus, la personne proche aidante a déjà des frais qui sont reliés à son rôle, comme le déplacement ou certains achats pour la personne proche. «Si on rajoute finalement le risque de ne pas pouvoir travailler autant qu'elle pourrait [...] ça va nécessairement induire un appauvrissement», déplore Mme Estienne.
Certes, la majorité (57 %) des proches aidants continuent de travailler pour pouvoir payer les factures, mais il y a d'autres bénéfices qui y sont associés. Les données indiquent que pour 35 % des répondants, le fait d'aimer son travail est un incitatif à continuer à travailler. «Avoir l'occasion de se sentir utile en dehors de son rôle de proche aidant, pouvoir penser à d'autres choses, maintenir des liens sociaux, c'est un petit peu plus que 15 % (pour chaque élément) dans les raisons que nous disent les personnes proches aidantes pour continuer à travailler», mentionne Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille, qui a lancé en 2019 l'initiative Concilivi.
«Ce qu'on vise à faire avec l'initiative, c'est d'accompagner les employeurs pour qu'ils puissent mettre en place des mesures de conciliation famille-travail qui vont répondre à la fois aux besoins des employés, mais également à la réalité opérationnelle. On déploie un accompagnement, un cadre, on offre de la formation, on a plein d'outils gratuits sur notre site internet, toutes sortes de démarches aussi spécialisées, notamment une en conciliation famille-travail, une autre qui visera la conciliation des grands-parents notamment», détaille Mme Vachon Croteau.
Prévoir l'imprévisible
Bien que la vaste majorité (92 %) des gens vont utiliser au moins une mesure de conciliation par année, tout le monde ne se sent pas à l'aise de s'en prévaloir, affirme Mme Vachon Croteau. «C'est là où des fois le bât blesse. Par exemple, c'est seulement 58 % des personnes proches aidantes en emploi qui se disent à l'aise d'utiliser les mesures de conciliation famille-travail. Donc, ça nous montre qu'il y a quand même du chemin à continuer à faire pour normaliser l'utilisation de ces mesures», dit-elle.
Par ailleurs, les mesures de conciliation ne sont pas nécessairement coûteuses pour l'employeur, fait valoir Loriane Estienne. «Avoir une certaine flexibilité au niveau de l'ajustement des horaires peut être une mesure de conciliation qui ne coûte rien à l'employeur, mais qui va peut-être faciliter la vie de la personne proche aidante qui pourrait accompagner, par exemple, son proche à un rendez-vous médical», indique-t-elle.
Il existe un caractère imprévisible aux situations de proche aidance, mais il est possible d'anticiper certains besoins. «Par exemple, quelqu'un qui accompagne un proche qui a le cancer, ça ne sera pas un parcours linéaire. Qu'est-ce qu'on fait dans ce temps-là pour accompagner la personne tout en voulant minimiser certains impacts sur le travail?», soulève Mme Vachon Croteau.
Son organisme a développé un outil, qui est un plan de contingence, pour faire la liste des tâches de l'employé et prévoir un plan d'urgence. «Si la personne doit s'absenter, qui prend quoi en charge, dans quelle mesure y a-t-il des choses qu'on laisse sur la glace? Donc, on va essayer de prévoir l'imprévisible pour nous donner un peu plus de contrôle sur quand la situation va arriver. Ça a pour effet de diminuer le stress autant sur la personne proche aidante que pour le gestionnaire», explique-t-elle.
Mmes Vachon Croteau et Estienne ont mentionné combien il était important de poursuivre la sensibilisation auprès des employeurs et des employés pour diminuer les craintes de part et d'autre.
Les gestionnaires doivent aussi mieux communiquer les mesures et les ressources en place dans leur organisation. Le sondage montre que 45 % des répondants estiment ne pas en être bien informés. «Communiquer ce qui existe déjà, c'est un premier pas qui est définitivement significatif», commente Mme Vachon Croteau.
Il faut également continuer de mieux connaître les différents visages de la proche aidance afin de mieux les reconnaître. «À partir de là, le dialogue va pouvoir plus facilement s'installer entre les employeurs et les personnes proches aidantes», conclut Mme Estienne.
Le sondage Léger a été réalisé auprès d'un échantillon en ligne de 3014 travailleurs québécois étant parents ou proches aidants. Les données ont été collectées du 2 au 18 mai 2025. Un échantillon de cette taille aurait une marge d’erreur de plus ou moins 1,8 %, 19 fois sur 20.
—
La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.
Katrine Desautels, La Presse Canadienne
