Enquête pancanadienne
Un tiers des jeunes de poids normal souhaiteraient être plus minces
Un tiers des jeunes de poids normal souhaiteraient être plus minces, et un tiers d’entre eux avaient essayé ― dès l’âge de huit ou dix ans ― de perdre du poids, révèlent des travaux auxquels ont participé des chercheurs montréalais.
Deux ans plus tard, ces jeunes de poids normal qui avaient quand même essayé de maigrir étaient trois ou quatre fois plus susceptibles que les autres de présenter un surplus de poids, ajoutent les auteurs.
Ces données ont été récoltées auprès de 564 enfants canadiens qui avaient huit ou dix ans au début de l’étude, qui ont été suivis pendant deux ans et dont au moins un des deux parents souffrait d’obésité.
Au total, peu importe leur poids, 48 % des jeunes ont indiqué avoir déjà essayé de perdre des kilos et 20 % ont révélé que leur poids avait été une source de stress pour eux au cours des trois derniers mois (21,6 % des garçons et 18,8 % des filles).
Sans grande surprise, 80 % des jeunes qui étaient en situation de surpoids ou d’obésité au début de l’étude ont affirmé avoir essayé de maigrir. Ils ont aussi témoigné d’un stress plus élevé en lien avec leur poids.
«C’est un constat hyper alarmant», a lancé la docteure Mélanie Henderson, une pédiatre endocrinologue au CHU Sainte−Justine qui compte parmi les auteures de cette étude.
Les jeunes qui essayaient à huit ou dix ans de perdre du poids, et dans une proportion moindre ceux qui se disaient stressés par leur poids, étaient plus susceptibles, deux ans plus tard, de témoigner d’une insatisfaction face à leur apparence corporelle.
«Ce qui est encore plus alarmant, a poursuivi la docteure Henderson, c’est qu’on a plein de problématiques au niveau de l’image corporelle qui ont beaucoup de répercussions au niveau de la santé totale.»
Des 321 enfants de poids normal au début de l’étude, 5,6 % présentaient un surpoids deux ans plus tard. De même, 22 % des 110 enfants en surpoids au début étaient en situation d’obésité au moment du suivi. Aucun enfant de poids normal n’était obèse après deux ans.
Sentiment de solitude
Une autre étude, celle−là présentée en mai lors d’un congrès de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité, révélait que le quart des adolescents qui vivent avec l’obésité n’en ont pas conscience.
L’étude a été réalisée dans dix pays auprès de 5275 adolescents obèses, de 5389 adultes qui en ont soin et de 2323 professionnels de la santé.
Les deux tiers des adolescents interrogés ont confié croire être les seuls responsables de leur obésité et qu’il leur revenait de perdre du poids. Plus du quart des professionnels de la santé partageaient cette opinion.
Un tiers des jeunes ont affirmé être incapables de parler de leur poids à leurs parents, et un jeune sur dix a dit être incapable d’en parler à qui que ce soit.
«Ça ne m’étonne pas du tout et je trouve que c’est d’une grande tristesse, mais ça colle avec la stigmatisation dans notre société par rapport au surpoids et à l’obésité, et la non−reconnaissance que c’est une maladie chronique chez les gens et que c’est multifactoriel», a commenté la docteure Henderson.
L’obésité ne repose pas uniquement sur les habitudes de vie du patient, qui sont davantage un outil pour s’attaquer au problème, a−t−elle ajouté.
Mais contrairement au diabète, qu’on traite notamment en modifiant les habitudes de vie du patient, et ce même si elles ne sont pas à l’origine du problème, «dans le cas de l’obésité, c’est comme si la société s’est dit, ’ah non, c’est parce qu’ils sont paresseux ou parce qu’ils mangent trop, parce qu’ils ne s’occupent pas d’eux−mêmes’».
«Ces jeunes méritent le respect de tous, a lancé la docteure Henderson. Ce n’est pas exclusivement sur leurs épaules que doit se faire le changement, tout particulièrement pour ces pauvres jeunes−là qui ne sont même pas encore des adultes. Pour eux, dans leur tête, tout est de leur faute, mais ça n’a rien à voir.»
Jean−Benoit Legault, La Presse Canadienne
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