Des données recueillies à Toronto en 2018 révélaient que 14 % des femmes consommaient du cannabis en début de grossesse.
Nouvelle étude sur la consommation de cannabis pendant la grossesse
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université Laval tentera de combler le manque de données scientifiques de qualité concernant l'impact sur le développement de l'enfant de la consommation de cannabis pendant la grossesse.
Le groupe de recherche profitera d'une subvention de 600 000 $ du Fonds de recherche du Québec-Santé pour suivre la cohorte d'enfants jusqu'à l'âge de 18 ans, et d'une subvention de 2,3 millions $ des Instituts de recherche en santé du Canada pour la suivre jusqu'à l'âge de 30 mois.
Les chercheurs s'intéresseront notamment, au cours des cinq prochaines années, au développement moteur, langagier et comportemental de l'enfant. Certains aspects seront évalués par les parents et d'autres par des scientifiques.
«On dispose de très peu d'études contemporaines qui se sont intéressées à la question des effets du cannabis sur le développement de l'enfant», a résumé la professeure Gina Muckle, de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval.
La poignée d'études qui ont été réalisées jusqu'à présent, ajoute-t-elle, laisse croire à une association entre la consommation de cannabis pendant la grossesse et une augmentation de l'impulsivité, une diminution de la concentration et des impacts sur le fonctionnement intellectuel.
Ces données sont toutefois d'une fiabilité questionnable, puisque ces études ont été réalisées avant la légalisation du cannabis et parfois auprès de femmes qui présentaient d'autres facteurs de risque, comme une consommation de drogues dures ou un suivi de grossesse inadéquat ou inexistant.
Ces études s'appuyaient aussi sur des données autorapportées par les femmes en ce qui concerne leur consommation de cannabis, ce qui ouvre la porte à plusieurs erreurs de rappel.
Ce sont ces lacunes, et d'autres, que la nouvelle étude de l'Université Laval cherchera à combler.
«Le portrait des femmes consommatrices a considérablement changé dans ce nouveau contexte de légalisation, a dit Mme Muckle. La majorité des femmes de la population générale qui consomment du cannabis ne consomment pas de drogues illégales, la majorité a un bon suivi de grossesse... Donc on ne connaît pas quelles pourraient être les répercussions (de la consommation de cannabis) dans ce contexte-là.»
Mme Muckle et son collègue Richard E. Bélanger, de la Faculté de médecine, souhaitent recruter, pendant le premier trimestre de grossesse, quelque 4000 femmes enceintes et leur partenaire. Le volet clinique du projet sera réalisé au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval par le docteur Emmanuel Bujold.
L’exposition au cannabis sera évaluée à l’aide de questionnaires et par analyse d’échantillons de cheveux maternels, ce qui va «nous permettre d'avoir un meilleur marqueur d'exposition fœtale», a expliqué Mme Muckle. Le suivi de la mère et de l’enfant permettra de documenter l’évolution de la grossesse et le développement du fœtus.
Les plus récentes données de l'Enquête québécoise sur le cannabis montrent que, en 2021, ce sont 43 % des jeunes adultes âgés de 21 à 24 ans qui avaient consommé du cannabis au cours de la dernière année, et 36 % des 25-34 ans.
«On ne sait pas quelle est la proportion de ces jeunes adultes qui vont consommer du cannabis au moment de concevoir, puis durant la grossesse qui vont maintenir leur consommation, donc ça se peut que ça soit un phénomène quand même assez important», a souligné Mme Muckle.
Des données recueillies à Toronto en 2018 révélaient que 14 % des femmes consommaient du cannabis en début de grossesse, «mais on pense que ce phénomène-là est considérablement sous-estimé», a dit la chercheuse.
«On est convaincus qu'on a besoin de nouvelles données actualisées qui reflètent bien le portrait de consommation ou d'exposition fœtale de nos jours pour être en mesure de mieux orienter les futurs parents et les intervenants auprès de ces parents-là», a conclu Mme Muckle.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
RECOMMANDÉS POUR VOUS

Le stress modifierait la structure du cœur
Le stress de la vie quotidienne pourrait provoquer, au niveau du cœur, des modifications structurelles qui augmentent les risques pour la santé, suggère une nouvelle étude britannique. Ce stress serait à l'origine d'une inflammation de faible niveau qui, au fil du temps, modifie la structure physique du cœur et augmente le risque de problèmes ...
LIRE LA SUITE
Nouvelle mise en garde face à l'impact des réseaux sociaux sur les jeunes
Le fait de passer davantage de temps sur les réseaux sociaux provoque chez les adolescents canadiens un sentiment d'anxiété, de dépression et d'isolement, prévient une étude à laquelle a participé une chercheuse québécoise. «On a voulu voir si ces associations-là varient en fonction du genre, a expliqué la professeure Anne-Marie ...
LIRE LA SUITE
La «garantie de bon fonctionnement» est désormais en vigueur au Québec
C'est ce lundi qu'entre en vigueur au Québec la nouvelle «garantie de bon fonctionnement», qui donne droit à une réparation gratuite si un mauvais fonctionnement survient durant une période fixe après l'achat de certains biens. Cette garantie est l'une des mesures qui découlent de l'adoption, en 2023, de la Loi protégeant les consommateurs ...
LIRE LA SUITE